Des dollars à l’effigie de Trump ? Une pratique rarissime hors des monarchies
L’ESSENTIEL L’administration Trump souhaite faire figurer le visage ou la signature du président sur des pièces et billets américains, malgré une loi interdisant de représenter une personne vivante sur les billets. À l’échelle mondiale, les dirigeants en exercice apparaissent presque uniquement sur la monnaie des monarchies héréditaires : seulement 13 % des pays étudiés pour les pièces et 15 % pour les billets.
L’administration de Donald Trump envisage de faire figurer son visage ou sa signature sur les pièces et billets américains, une pratique interdite par une loi datant de 1864. Cette loi, intitulée 31 U.S. Code § 5114, stipule qu’aucune personne vivante ne peut être représentée sur les billets de banque américains. En janvier 2026, la Commission américaine des beaux-arts a recommandé des modèles de pièces de 1 dollar et de pièces commémoratives en or de 24 carats ornées du portrait de Trump. En mars 2026, le département du Trésor a annoncé que la signature du président figurerait désormais sur les nouveaux billets imprimés. En mai 2026, un projet de billet de 250 dollars à l’effigie de Trump a été dévoilé, bien que sa production dépende d’une modification législative. Le Donald J. Trump $250 Bill Act, proposé en 2026, vise à lever cette interdiction.
Le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a défendu cette initiative en déclarant qu’il ne voyait « rien d’inconvenant » à représenter un président en exercice sur la monnaie. À l’inverse, le sénateur démocrate Jeff Merkley a critiqué cette mesure, la qualifiant de « manœuvre d’autocélébration autoritaire » comparable aux pratiques de dirigeants comme Kim Jong-un en Corée du Nord. Merkley a co-signé un projet de loi, le No Kings Act, pour bloquer cette initiative. Ces réactions illustrent un clivage politique aux États-Unis, où certains y voient une normalisation de la culture politique, tandis que d’autres l’assimilent à une dérive autoritaire.
À l’échelle mondiale, représenter un dirigeant en exercice sur la monnaie est une pratique extrêmement rare en dehors des monarchies héréditaires. Une étude menée en 2024 sur près de 1 000 pièces provenant de 165 pays a révélé que seulement 22 pays (13 %) intégraient leur chef d’État en exercice sur leurs pièces en circulation. Parmi ces pays, 21 sont des monarchies héréditaires, comme le Royaume-Uni ou Brunei. La seule exception non monarchique est le Samoa, où le chef de l’État, traditionnellement choisi parmi les grands chefs coutumiers, porte le titre de Son Altesse. Pour les billets de banque, sur 340 nouveaux billets émis entre 2019 et 2024 par 84 pays, seuls 15 % (13 pays) représentaient leur dirigeant en exercice, tous monarchies héréditaires sauf le Botswana, une démocratie où le président figure sur le billet de 10 pulas.
Aux États-Unis, la seule exception historique remonte à 1926, avec une pièce commémorative de 50 cents représentant Calvin Coolidge, alors président. Cependant, cette pièce était émise pour un événement spécial et non pour une circulation courante. Dans les démocraties modernes, la représentation des dirigeants en exercice sur la monnaie reste marginale. Les monarchies héréditaires, comme le Royaume-Uni ou le Japon, intègrent systématiquement leur souverain sur les pièces et billets, reflétant une tradition culturelle et symbolique. En revanche, les républiques, qu’elles soient démocratiques ou autoritaires, évitent généralement cette pratique, privilégiant des symboles nationaux ou historiques.
Si le projet de Trump aboutissait, les États-Unis s’éloigneraient des normes internationales en matière de représentation monétaire. Cette initiative pourrait être perçue comme une tentative de personnalisation du pouvoir, renforçant l’image d’un leadership autoritaire. Le mouvement *No Kings*, né en réaction à cette mesure, mobilise des millions de personnes aux États-Unis pour dénoncer ce qu’ils considèrent comme une dérive monarchique. La valeur des pièces et billets américains en circulation dépasse 2 460 milliards de dollars, ce qui confère à cette question une portée économique et symbolique majeure. L’issue dépendra des débats au Congrès et de l’évolution des lois américaines.

