Une chasse à l’homme contraire au droit et très lucrative pour Trump et ses amis
L’ESSENTIEL Les opérations de la police fédérale de l’immigration (ICE) se caractérisent, depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025, par de nombreuses arrestations brutales, qui ont causé plusieurs morts, et par de multiples atteintes aux droits des migrants. L’administration Trump s’emploie à ne pas respecter les décisions de justice, et la Cour suprême intervient régulièrement en sa faveur.
Depuis janvier 2025, la police fédérale de l’immigration aux États-Unis, appelée ICE (Immigration and Customs Enforcement), multiplie les opérations de rafles brutales contre les migrants, parfois sans-papiers, mais aussi des citoyens américains. Ces arrestations, souvent réalisées dans la rue, près des écoles ou même dans les tribunaux, ont déjà causé des blessures graves, comme celle d’un homme grièvement blessé par balle à New York le 8 octobre 2026. Les critères d’arrestation reposent sur des éléments subjectifs comme l’apparence physique ou la langue parlée, ce qui favorise les arrestations au faciès. Malgré des promesses de campagne visant à cibler uniquement les criminels dangereux, les données montrent que 73 % des personnes détenues en 2025 n’avaient aucune condamnation pénale, et près de la moitié n’avaient même pas d’accusation en cours. Ces opérations s’inscrivent dans une stratégie délibérée pour semer la terreur et inciter les migrants à quitter le pays par eux-mêmes.
L’administration Trump ignore régulièrement les décisions de justice qui tentent de limiter ses actions. Plus de 40 000 recours ont été déposés, dont 38 000 demandes d’habeas corpus (un recours permettant à une personne détenue de contester la légalité de sa détention devant un juge). Les tribunaux de première instance ont souvent donné raison aux plaignants, suspendant des décrets ou ordonnant la libération de migrants. Cependant, l’administration contourne ces décisions en utilisant un mécanisme d’urgence, le shadow docket, qui permet à la Cour suprême d’intervenir rapidement. Celle-ci a ainsi validé ou suspendu des ordonnances judiciaires à 19 reprises depuis 2025. Par exemple, elle a légalisé les arrestations au faciès en septembre 2025 et supprimé le statut de protection temporaire (TPS) pour des centaines de milliers de Syriens et Haïtiens en juin 2026. L’administration a également refusé de se conformer à des décisions judiciaires dans au moins 31 affaires distinctes, comme le retour forcé d’un migrant expulsé par erreur vers le Salvador.
La politique migratoire de l’administration Trump génère des profits colossaux pour des entreprises privées spécialisées dans la détention, le transport et la surveillance des migrants. Parmi elles, le groupe Geo a enregistré 710 millions de dollars de revenus liés à l’immigration en 2025, tandis que CoreCivic et Palantir Technologies (spécialisée dans l’analyse de données) en bénéficient également. Ces entreprises ont obtenu des contrats lucratifs, comme 673 millions de dollars pour CSI Aviation ou 529 millions pour Geo pour l’ouverture d’un centre de rétention. Leurs liens financiers avec Donald Trump sont avérés : par exemple, Geo a versé plus de 4 millions de dollars à des comités soutenant Trump, et Trump lui-même est actionnaire de ces entreprises. Leurs bénéfices ont explosé, passant de 29 opérations boursières en 2025 à une augmentation exponentielle de leurs revenus. Ces sociétés profitent d’un système où les migrants sont placés en détention sans possibilité de libération sous caution, souvent dans des conditions sanitaires précaires.
Les conséquences de cette politique sont dramatiques pour les migrants et leurs familles. Les témoignages recueillis dans un documentaire diffusé sur France 5 en octobre 2026 révèlent des séparations familiales, des agressions et des détentions arbitraires. Près de 3 millions de dossiers d’immigration sont en attente dans les tribunaux, avec un délai moyen de 940 jours pour un traitement. Dans des États comme l’Ohio, la pénurie de main-d’œuvre dans des secteurs clés comme la construction ou la santé s’aggrave en raison des expulsions massives de travailleurs sans-papiers. Les communautés immigrées, en particulier celles de couleur, subissent une pression accrue en raison des déclarations hostiles de Trump envers plusieurs groupes. Enfin, les arrestations dans les tribunaux, bien qu’interdites en juin 2025, se poursuivent, illustrant le mépris de l’administration pour l’État de droit.

