Pourquoi il est erroné de ne voir les houthistes que comme des supplétifs de l’Iran
L’ESSENTIEL Les houthistes ont développé leur capacité militaire et visent directement l’Arabie saoudite, y compris ses infrastructures civiles. Désireux de ne pas apparaître comme des pantins de Téhéran, ils ont attendu le moment propice pour passer à l’action, plusieurs mois après le début de l’offensive israélo-américaine contre l’Iran.
Les houthistes, mouvement politique et militaire apparu au Yémen en 2004, sont souvent décrits comme des supplétifs de l’Iran, c’est-à-dire des forces agissant sous la direction de Téhéran. Pourtant, cette vision simpliste ignore leur autonomie stratégique et leur ancrage local. Bien que leur alliance avec l’Iran existe depuis des années, les houthistes ont développé une capacité militaire propre, incluant des missiles à longue portée et des drones, leur permettant d’agir de manière indépendante. Leur objectif principal reste la défense de leurs intérêts au Yémen, notamment face à l’Arabie saoudite, plutôt que de servir systématiquement les objectifs iraniens. Cette nuance est essentielle pour comprendre leur évolution récente sur la scène régionale.
Le 10 octobre 2026, les houthistes ont mené une attaque meurtrière contre l’aéroport international de Riyad, la capitale saoudienne, faisant 13 morts et des centaines de blessés. Cet événement marque une escalade majeure dans leur conflit avec l’Arabie saoudite, qu’ils considèrent comme leur principal adversaire régional. Les houthistes ont ciblé des infrastructures civiles saoudiennes, comme l’aéroport, pour exercer une pression maximale sur Riyad. Cette stratégie s’inscrit dans une logique de représailles, en réponse aux frappes saoudiennes contre leurs positions, notamment la fermeture prolongée de l’aéroport de Sanaa, leur capitale, en juillet 2026. Leur capacité à frapper des cibles stratégiques en Arabie saoudite, y compris des ports pétroliers, illustre leur montée en puissance militaire.
Bien que les houthistes soient souvent associés à l’Iran, leur relation est plus complexe qu’une simple subordination. L’Iran, principal rival régional de l’Arabie saoudite, soutient les houthistes depuis des années, notamment sur le plan militaire et politique. Cependant, les houthistes ont parfois ignoré les demandes iraniennes, comme en juillet 2026, où Téhéran aurait demandé la fermeture du détroit de Bab el-Mandeb, une voie maritime stratégique. Les houthistes ont refusé, préférant agir selon leurs propres intérêts. Cette autonomie s’explique par leur ancrage dans le contexte politique yéménite, où ils cherchent à légitimer leurs actions auprès de la population locale, majoritairement sunnite, plutôt que de se présenter comme des agents de l’Iran, un pays à majorité chiite.
Les houthistes ont soigneusement construit leur image pour éviter d’être perçus comme des marionnettes de l’Iran. Leur engagement militaire contre l’Arabie saoudite est présenté comme une défense nationale, plutôt qu’un soutien à Téhéran. Par exemple, leurs attaques contre des navires en mer Rouge en 2023-2025 étaient justifiées par un soutien aux Palestiniens, un discours plus facile à faire accepter dans le monde arabe. En revanche, agir pour le compte de l’Iran, un pays non arabe et majoritairement chiite, aurait été plus difficile à justifier auprès de la population yéménite, majoritairement sunnite. Cette stratégie de communication vise à renforcer leur légitimité interne et régionale.
Les attaques des houthistes menacent de perturber le commerce mondial, notamment en ciblant des infrastructures stratégiques comme le détroit de Bab el-Mandeb, l’une des voies maritimes les plus importantes au monde. En septembre 2026, ils ont établi un certain contrôle sur ce détroit, exercant une pression sur le trafic maritime en mer Rouge. Cette situation affecte directement l’Arabie saoudite, dont les exportations pétrolières dépendent de ces routes. Les conséquences pourraient s’étendre à l’économie mondiale, notamment pour les pays dépendants des importations de pétrole. Par ailleurs, l’attaque contre l’aéroport de Riyad coïncidait avec un congrès international sur le pétrole, le World Petroleum Council, soulignant l’impact potentiel de ces tensions sur les marchés énergétiques.
Malgré les tensions régionales, la population yéménite reste la principale victime de ce conflit. Depuis 2014, le Yémen est déchiré par une guerre civile entre les houthistes et le gouvernement internationalement reconnu, soutenu par l’Arabie saoudite. Les houthistes contrôlent environ un tiers du territoire, où résident les deux tiers de la population. Les civils subissent les conséquences de la guerre : blocus, destruction des infrastructures, et crise économique. Le Yémen était déjà le pays le plus pauvre du Moyen-Orient avant le conflit, et la situation s’est encore dégradée. Les attaques récentes, comme celle contre l’aéroport de Riyad, détournent l’attention des souffrances quotidiennes des Yéménites, souvent oubliés dans les débats géopolitiques.
Les tensions entre les houthistes et l’Arabie saoudite pourraient s’inscrire dans la durée. Les houthistes ont montré leur capacité à frapper des cibles stratégiques en Arabie saoudite, comme les aéroports et les ports pétroliers, tandis que Riyad riposte par des frappes aériennes. Cette dynamique risque d’entraîner une nouvelle période de conflits régionaux, avec des acteurs comme les États-Unis et la France potentiellement impliqués. Par exemple, la France a annoncé l’envoi de soldats en Arabie saoudite fin septembre 2026 pour protéger le port pétrolier de Yanbu. L’escalade actuelle pourrait également relancer les négociations de paix au Yémen, mais les perspectives restent incertaines, tant les positions des belligérants semblent éloignées.

