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Endurance des collégiens : ce que les tests scolaires disent de leur santé

The Conversation France · mis à jour 6 oct.

L’ESSENTIEL Les premières évaluations nationales en France signalent une faible endurance physique chez les élèves de sixième. Le test Navette estime la capacité aérobie, mais son résultat dépend aussi de la maturation, de la motivation et des conditions de passation.

Première évaluation nationale

En automne 2025, près de 270 000 élèves de sixième en France ont participé à la première évaluation nationale de leur condition physique. Cette opération inédite, menée par la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) du ministère de l’Éducation nationale, avait pour objectif d’estimer l’état de santé de 32 % des jeunes de cet âge afin d’adapter les politiques de prévention et les pratiques pédagogiques. Pour la première fois, une génération représentative d’élèves a été évaluée, révélant des résultats préoccupants sur leur endurance physique.

Résultats alarmants

Les résultats du test Navette, utilisé pour évaluer l’endurance, montrent que les collégiens français ont une endurance faible. En moyenne, les élèves atteignent seulement 2,8 paliers, ce qui correspond à une vitesse maximale aérobie estimée inférieure à 10,3 km/h. Pire encore, près d’un élève sur cinq ne termine même pas le premier palier, couru à 8,5 km/h. Ces chiffres s’inscrivent dans une tendance mondiale de baisse de la condition physique des enfants et adolescents, liée notamment à l’augmentation du temps d’écran et à la réduction des déplacements actifs.

Endurance et santé

L’endurance cardio-respiratoire est bien plus qu’un simple indicateur de performance sportive : elle reflète l’état de santé général des enfants et adolescents. Un faible niveau d’endurance est associé à un risque accru de maladies cardiovasculaires, de diabète de type 2 et de mortalité prématurée à l’âge adulte. Ce test ne mesure pas seulement la capacité physique, mais aussi des compétences comme la coordination, la gestion de l’effort, la motivation et la persévérance. Les spécialistes parlent de littératie physique, c’est-à-dire la capacité à se sentir compétent et motivé pour pratiquer durablement une activité physique.

Test Navette : limites

Le test Navette, bien que simple et standardisé, ne mesure pas directement la consommation maximale d’oxygène (VO₂ max), qui reste la référence pour évaluer la capacité aérobie. Pour obtenir cette mesure, il faudrait un équipement de laboratoire et une analyse complexe, souvent impossible en milieu scolaire. Le test Navette fournit une estimation indirecte de cette capacité en fonction de la performance atteinte. Plusieurs facteurs influencent les résultats : taille, masse corporelle, maturation, expérience sportive, technique de course ou motivation. Contrairement aux tests en laboratoire, il est impossible de vérifier si chaque élève a atteint son effort physiologique maximal.

Comparaisons internationales

Les comparaisons internationales de la condition physique des jeunes, comme celles réalisées via les bases de données EUROFIT ou FitBack, montrent des différences géographiques marquées. Les pays d’Europe du Nord et centrale, comme l’Islande, la Norvège ou la Finlande, affichent des niveaux d’endurance plus élevés, tandis que des pays comme l’Espagne, l’Italie ou la Grèce obtiennent des résultats plus faibles. Cependant, ces comparaisons doivent être interprétées avec prudence. Le protocole français diffère légèrement du protocole international, ce qui limite les comparaisons directes. De plus, les seuils définissant un niveau « satisfaisant » sont relatifs à la population de référence et non absolus.

Conditions de passation

La performance au test Navette dépend aussi des conditions dans lesquelles il est réalisé. La qualité du sol, la familiarisation des élèves avec le test, leur maîtrise des changements de direction, mais aussi le contexte collectif jouent un rôle. À 11 ans, la motivation, la peur du jugement ou l’émulation du groupe influencent fortement les résultats. Ces facteurs rendent les comparaisons entre élèves ou entre établissements plus complexes. Un même palier ne reflète pas nécessairement la même condition physique pour deux élèves différents.

Utilité des données

Malgré ses limites, cette première évaluation nationale offre une photographie inédite de la condition physique des collégiens français. Répétée régulièrement, elle permettra de suivre les évolutions dans le temps, d’identifier les inégalités entre territoires et de mieux cibler les actions de prévention. Les enseignants d’éducation physique et sportive (EPS) pourront adapter leurs pratiques en fonction des besoins identifiés. L’objectif n’est pas de classer les élèves, mais d’accompagner leurs progrès et de favoriser un engagement durable dans l’activité physique, conformément aux recommandations de la DEPP.

Ce que ça pourrait changer

Les niveaux d’endurance jugés faibles reflètent probablement des changements dans nos modes de vie, comme la sédentarité accrue et la réduction des activités physiques. Mesurer la condition physique n’est qu’une première étape : l’enjeu est désormais de transformer ces données en actions concrètes. Il s’agit de redonner aux enfants et adolescents le goût du mouvement, en adaptant les cours d’EPS, en encourageant les activités physiques régulières et en sensibilisant les familles. Toute augmentation de l’activité physique, même modeste, peut avoir des bénéfices significatifs pour la santé des jeunes, surtout pour ceux qui sont les moins actifs.

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