Comment comprendre les déséquilibres mondiaux, et 3 autres conseils de lecture
IA, trumpisme, montée de la fréquence des chocs d'offre : en tête de notre sélection cette semaine, l'Institut français d'économie consacre son petit livre annuel de décryptage à un tour d'horizon stimulant de la mondialisation..
L’Institut français d’économie (IFE-Cépii), issu de la fusion de l’OFCE et du Cépii, publie chaque année un ouvrage de décryptage de l’économie mondiale. Dans L’économie mondiale 2027, sept chapitres analysent des enjeux clés comme les chocs d’offre (hausse des prix de l’énergie ou ruptures des chaînes d’approvisionnement) qui alimentent l’inflation. Contrairement aux idées reçues, une hausse des taux d’intérêt par les banques centrales ne suffit pas à résoudre ces problèmes. L’ouvrage aborde aussi les risques liés à l’intelligence artificielle (IA), notamment la rente privatisée qui en découle, c’est-à-dire les profits excessifs captés par quelques acteurs privés grâce à des brevets ou des technologies exclusives. L’IFE-Cépii recommande aux États d’investir davantage pour réduire ces vulnérabilités plutôt que de simplement compenser leurs effets. Deux chapitres sont consacrés aux États-Unis, où l’économie suit une trajectoire en forme de K (certains secteurs prospèrent tandis que d’autres déclinent), avec une domination persistante du dollar et un rôle croissant de l’IA. Malgré les mesures protectionnistes de l’administration Trump, le commerce mondial a continué de croître en 2025, notamment grâce à des contournements via le Vietnam ou le Mexique. L’ouvrage souligne aussi l’importance de la géopolitique dans l’économie, une approche qui prend en compte les rapports de force entre États, comme les tensions commerciales ou les conflits armés. Enfin, il critique l’Europe pour son libéralisme inadapté à la mondialisation actuelle et son affaiblissement des mécanismes de régulation.
L’ouvrage No(s) limit(es). Etudier et enseigner face aux limites planétaires, dirigé par Baptiste Monsaigeon, Bruno Villalba et Franck-Dominique Vivien, se présente comme un manuel pédagogique destiné aux étudiants et enseignants, mais accessible à tous. Il part du constat que, malgré la reconnaissance de l’urgence écologique, les modes de vie et les mentalités peinent à évoluer. L’ouvrage propose quarante chapitres organisés en trois parties : une introduction aux concepts clés, une déconstruction des idées reçues (comme le capitalisme vert ou les services écosystémiques), et enfin des pistes pour agir face aux limites planétaires. Parmi les concepts expliqués, on trouve le métabolisme social (l’étude des flux de matière et d’énergie dans les sociétés) ou le capitalocène (une critique du capitalisme comme cause principale de la crise écologique). L’ouvrage met en lumière les inégalités écologiques, c’est-à-dire les disparités dans l’accès aux ressources naturelles ou dans la responsabilité des émissions de CO₂. La dernière partie propose des solutions déjà identifiées pour relever ces défis. Le livre est structuré avec des exposés théoriques, des exercices pratiques et des plans de cours, ce qui en fait un outil complet pour repenser notre rapport à l’environnement.
Publié par Attac et VAP, Le partage des richesses. Toute une histoire est un ouvrage accessible qui retrace l’évolution des inégalités en France et les luttes pour une redistribution plus juste. L’approche est historique, partant des mobilisations des canuts en 1831 jusqu’aux combats actuels contre les privilèges des milliardaires. Le livre explique simplement le rôle de la Sécurité sociale, les mécanismes de la redistribution par l’impôt, et les enjeux internationaux de la répartition des richesses. Il aborde aussi les liens entre inégalités et environnement, soulignant comment les plus riches contribuent davantage à la dégradation écologique. Les dessins de VAP (Pauline Vuarin) illustrent des épisodes clés comme les enclosures (privatisation des terres communes en Angleterre aux XVIIe et XVIIIe siècles) ou la gabelle (impôt sur le sel sous l’Ancien Régime). L’ouvrage met en avant le rôle des syndicats et des mouvements sociaux dans la construction de la protection sociale, comme les congés payés obtenus en 1936. Il s’adresse à un large public grâce à un style clair et des exemples concrets.
Dans *Le futur des émotions. Comment la technologie et le capitalisme exploitent notre subjectivité*, la sociologue Eva Illouz analyse comment les technologies numériques et l’intelligence artificielle transforment nos émotions en *matière première* pour le capitalisme. L’autrice montre que des outils comme les *emojis* (apparus dans les années 1980), les *likes* ou les *gifs* sont utilisés pour capter et monnayer nos réactions émotionnelles. Les données issues de nos comportements en ligne permettent de créer des profils de consommateurs, influençant nos choix et notre santé mentale. Les *fake news* (fausses informations diffusées massivement) profitent de cette marchandisation des émotions, altérant notre rapport à la vérité et menaçant la démocratie. Illouz s’appuie sur des travaux classiques et contemporains pour illustrer comment le *technocapitalisme* (un système où la technologie et le capitalisme sont indissociables) façonne nos émotions pour en tirer profit. L’ouvrage explore aussi les mondes virtuels des jeux vidéo, où les avatars et les interactions sociales sont conçus pour maximiser l’engagement et la consommation. Cette analyse révèle une tendance où la *subjectivité* (nos émotions, nos pensées) devient un produit commercialisable.

