Vérification des faits : les reproches de Washington à l’égard du Canada sont-ils fondés?
L'administration Trump lance de nombreuses accusations contre le Canada dans un récent commmuniqué..
En août 2026, les tensions commerciales entre le Canada et les États-Unis se sont intensifiées après que le premier ministre Mark Carney a retiré son pays des négociations et annoncé l'imposition de contre-tarifs sur des produits américains. Cette décision fait suite à des demandes jugées excessives de Washington, selon Ottawa. Les États-Unis ont publié une déclaration accusant le Canada de pratiques commerciales «abusives» sur plusieurs décennies. Parmi les reproches, Washington affirme que seul le Canada, avec la Chine, a riposté par des mesures de rétorsion plutôt que par des négociations. Cette affirmation est partiellement vraie, car plusieurs pays ont menacé de lever des contre-tarifs, mais seuls le Canada et la Chine sont passés à l'acte. Le Mexique, par exemple, négocie actuellement pour réduire des tarifs douaniers similaires à ceux imposés au Canada, sans brandir de menaces concrètes.
La Maison-Blanche accuse le Canada d'imposer des taxes discriminatoires de 25% sur les importations de véhicules américains, une mesure qui ne s'appliquerait pas aux voitures en provenance d'autres pays. Cette affirmation est vérifiée, mais il existe une nuance importante. Ces droits de douane, instaurés le 9 avril 2025, sont une réponse directe à des tarifs similaires imposés par les États-Unis sur les voitures et pièces canadiennes quelques jours plus tôt. De plus, ces taxes ne concernent que les véhicules américains ne respectant pas les critères de l'Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), soit l'équivalent des règles que les États-Unis appliquent aux véhicules canadiens. Les négociations en cours visaient notamment à réduire ou éliminer ces tarifs, mais elles ont échoué.
Washington reproche au Canada d'avoir interdit le vin, la bière et les spiritueux américains dans la plupart de ses provinces et territoires, à l'exception de la Saskatchewan et de l'Alberta. Cette mesure a entraîné une chute de 81% des exportations d'alcool américain vers le Canada en un an. L'affirmation est exacte : toutes les provinces, sauf ces deux-là, ont effectivement banni ces produits. Les premiers ministres provinciaux ont indiqué qu'ils pourraient lever cet embargo si les États-Unis réduisaient leurs tarifs douaniers. Cet embargo touche particulièrement les États-Unis, car le Canada est leur premier partenaire commercial pour l'alcool. Par exemple, le Kentucky, dont l'économie dépend du bourbon, subit de plein fouet cette mesure.
La Maison-Blanche affirme que le Canada impose des tarifs douaniers de 300% sur les produits laitiers américains, des taux si élevés qu'ils équivalent à une interdiction quasi totale. Cette affirmation est partiellement vraie, mais nécessite des précisions. Le Canada n'interdit pas les produits laitiers américains, mais applique des quotas tarifaires très restrictifs. Les producteurs américains peuvent exporter sans frais jusqu'à une certaine limite, au-delà de laquelle des tarifs pouvant atteindre 250% s'appliquent. Cependant, les États-Unis n'ont jamais atteint cette limite. Ce qui irrite particulièrement Washington, c'est que les détaillants américains ne peuvent pas vendre directement leur lait au Canada, contrairement à certains produits européens, notamment des fromages. Ces règles ont été négociées et acceptées par Donald Trump lors de son premier mandat.
Donald Trump met en avant le déficit commercial des États-Unis avec le Canada, estimé à 48,5 milliards de dollars en 2025. Ce chiffre est exact, mais son interprétation est contestable. Ce déficit s'explique principalement par les exportations canadiennes de pétrole vers les États-Unis, soit 3,9 millions de barils par jour en 2025. Ce pétrole, vendu à des prix inférieurs à ceux du marché, représente un avantage économique majeur pour les États-Unis. Si l'on exclut le pétrole du calcul, les États-Unis enregistrent en réalité un excédent commercial avec le Canada. Autrement dit, hors énergie, les États-Unis exportent davantage de biens vers le Canada que l'inverse. Cette nuance est souvent omise dans le débat.
Plusieurs reproches de la Maison-Blanche relèvent davantage de l'opinion que du fait vérifiable. Par exemple, Washington affirme que sans les États-Unis, le Canada ne pourrait pas survivre, car ce pays envoie environ les trois quarts de ses exportations vers son voisin du sud. Bien que ce chiffre soit exact, cette affirmation repose sur une hypothèse non envisagée par les Canadiens. Un autre reproche concerne la relocalisation des manufacturiers canadiens aux États-Unis, attribuée à de «mauvaises politiques commerciales» canadiennes. Pourtant, un sondage de KPMG révèle que 42% des entreprises concernées se relocalisent ou prévoient de le faire en raison de l'incertitude économique et des menaces tarifaires, et non à cause des politiques canadiennes. Enfin, la Maison-Blanche souligne l'avantage économique des États-Unis en raison de la taille de leur économie, un fait indéniable, mais qui ne clôt pas le débat sur l'équilibre de la guerre commerciale.

