COP 17 : pour préserver la biodiversité, les États accepteront-ils la contrainte ?
Ce lundi débute la COP17 sur la biodiversité à Erevan, dans la capitale arménienne. Alors que les États doivent dresser un premier bilan des engagements mondiaux pris en 2022, accepteront-ils des règles plus contraignantes pour enrayer l’effondrement du vivant ?.
La 17e Conférence des Parties (COP17) sur la biodiversité s’ouvre ce lundi 19 octobre 2026 à Erevan, en Arménie. Cet événement rassemble les représentants de 196 États, signataires de la Convention sur la diversité biologique adoptée en 1992. L’objectif principal est d’évaluer les progrès réalisés depuis les engagements pris en 2022 lors de la COP15 à Montréal, où les pays s’étaient fixés des cibles pour enrayer l’effondrement de la biodiversité d’ici 2030. Parmi ces cibles figuraient la protection de 30 % des terres et des mers, ou encore la réduction de moitié de l’usage des pesticides. La COP17 doit donc déterminer si les États sont prêts à accepter des règles plus strictes et contraignantes pour atteindre ces objectifs, alors que le déclin du vivant s’accélère.
En 2022, lors de la COP15, les États avaient adopté le Cadre mondial pour la biodiversité Kunming-Montréal, un accord ambitieux visant à protéger 30 % des écosystèmes terrestres et marins d’ici 2030, tout en réduisant de 50 % l’usage des pesticides et en restaurant 30 % des écosystèmes dégradés. Cependant, à mi-parcours, les résultats restent insuffisants. Selon les experts, moins de 10 % des cibles sont aujourd’hui sur la bonne voie. La COP17 doit donc servir de moment de vérité : les États accepteront-ils d’adopter des mécanismes de suivi plus rigoureux, voire des sanctions en cas de non-respect de ces engagements ?
Lauriane Mouysset, chargée de recherche au CNRS et autrice de l’ouvrage La liberté des limites (2026), souligne que la pression est forte pour que les États passent des promesses aux actes. Elle explique que la biodiversité n’est pas une question secondaire, mais un enjeu central pour la survie humaine, notamment en raison de son rôle dans la régulation du climat, la pollinisation des cultures ou la purification de l’eau. Les scientifiques insistent sur la nécessité de lier les politiques de biodiversité à des objectifs économiques et sociaux concrets, afin de convaincre les gouvernements d’agir. La COP17 pourrait ainsi voir émerger des propositions pour intégrer ces enjeux dans les plans nationaux de développement.
L’un des principaux obstacles à des règles contraignantes réside dans les divergences entre pays. Les nations en développement, souvent riches en biodiversité mais pauvres en ressources, réclament des financements internationaux pour compenser les coûts de la protection de leurs écosystèmes. À l’inverse, les pays industrialisés, qui ont historiquement contribué à la dégradation de la biodiversité, sont réticents à accepter des obligations financières ou des restrictions commerciales. La COP17 devra donc trouver un équilibre entre justice environnementale et réalisme économique, alors que les tensions géopolitiques, comme la guerre en Ukraine ou les rivalités sino-américaines, compliquent les négociations.
Si la COP17 échoue à imposer des règles contraignantes, les conséquences pourraient être dramatiques. Les scientifiques estiment que près d’un million d’espèces sont aujourd’hui menacées d’extinction, un chiffre qui pourrait atteindre 20 % d’ici 2050 si aucune action forte n’est engagée. Les écosystèmes, comme les forêts tropicales ou les récifs coralliens, jouent un rôle clé dans la régulation du climat et la production alimentaire. Leur effondrement aurait des répercussions mondiales, notamment sur la sécurité alimentaire et la stabilité des sociétés. La COP17 représente donc un tournant pour décider si l’humanité est prête à sacrifier une partie de sa liberté économique au profit de la survie du vivant.

