Saint Augustin, vie de débauche à Carthage
En 374, Augustin a 20 ans. Avant de devenir saint, il enseigne la rhétorique à Carthage.
En 374, Augustin a 20 ans et enseigne la rhétorique à Carthage, une grande ville de l’Empire romain située en actuelle Tunisie. Né le 13 novembre 354 à Thagaste, en Numidie (Algérie actuelle), il est issu d’un milieu modeste. Son père, Patricius, est un petit propriétaire païen, tandis que sa mère, Monique, est une chrétienne très pieuse. Augustin se forme très tôt à la rhétorique, une discipline essentielle pour réussir socialement dans le monde romain. Les cours reposent sur l’apprentissage par cœur d’auteurs comme Virgile, Cicéron ou Térence. Excellent élève, il quitte sa ville natale pour Carthage, à 250 km de Thagaste, grâce à des économies familiales.
Carthage, à l’époque d’Augustin, est une cité immense comparable à Rome ou Alexandrie. Elle est réputée pour ses divertissements : amphithéâtres, cirques et thermes, comme les gigantesques thermes d’Antonin. La ville est décrite comme une "chaudière" de plaisirs et d’excès, où le christianisme se diffuse encore lentement. Augustin, en tant que professeur de rhétorique, enseigne dans une salle proche du forum, séparée seulement par un rideau. Cette proximité rend difficile la concentration, d’autant que les étudiants violents, appelés eversores, perturbent parfois les cours. Ses amis, comme Alypius et Nebridius, sont des fils de notables ou de membres de la curie (assemblée locale).
Augustin et ses amis profitent des spectacles à Carthage, notamment les combats de gladiateurs, les pantomimes (spectacles mimés) ou les pièces tragiques inspirées de l’épopée classique. Alors qu’Alypius est fasciné par la violence des combats, Augustin est ému par des scènes comme la séparation de Didon et Énée dans L’Énéide de Virgile. Parallèlement, Augustin vit en concubinage avec une femme dont l’identité reste inconnue. Leur rencontre dans une église est mystérieuse. Ensemble, ils ont un fils, Adeodatus. Cette période de sa vie est marquée par une recherche de plaisirs et une vie sociale intense.
C’est à Carthage qu’Augustin vit sa première conversion religieuse. Il se tourne vers le manichéisme, une religion originaire de Perse fondée au 3ᵉ siècle par le prophète Mani. Le manichéisme enseigne que le bien s’atteint par le renoncement à la chair et propose une explication au mal : le monde serait le résultat d’un combat entre les forces du bien et du mal. Les manichéens de Carthage organisent des réunions secrètes, car leur culte est clandestin. Augustin est attiré par leurs débats et cherche des réponses à ses questions existentielles, comme : "Pourquoi faisons-nous le mal ?". Cette période de sa jeunesse, marquée par la débauche et la recherche spirituelle, influencera profondément sa pensée future.
La jeunesse d’Augustin à Carthage joue un rôle clé dans l’élaboration de sa pensée théologique. Dans ses *Confessions*, première autobiographie latine de l’histoire, il utilise ses émotions et ses expériences passées pour réfléchir à la morale chrétienne. Il écrit notamment : *"Je vins à Carthage, et autour de moi, partout, crépitait la rôtissoire des honteuses amours"*, évoquant ainsi sa vie de plaisirs. Ces souvenirs deviennent pour lui un matériau de réflexion pour définir ce qui constitue une bonne conduite chrétienne. Cette introspection marque le début de son cheminement vers une vie plus vertueuse et spirituelle.

