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Géopolitique

En Corée du Sud, bientôt la fin de “sept ans de zone grise” autour de l’avortement ?

Courrier International · mis à jour 22 sept.

L’introduction de la mifépristone (ou RU 486) pourrait contribuer à réduire le flou entourant la question du droit à l’avortement en Corée du Sud. Le gouvernement veut autoriser ce médicament en début d’année prochaine, mais les modalités envisagées, notamment la limitation de sa délivrance aux hôpitaux et dans un délai maximal de neuf semaines de grossesse, font débat..

Zone grise juridique

Depuis 2019, l’avortement en Corée du Sud se trouve dans une zone grise juridique. Cette expression désigne une situation où les lois ne sont ni clairement interdites ni clairement autorisées. En avril 2019, la Cour constitutionnelle sud-coréenne a jugé que les lois criminalisant l’avortement étaient contraires à la Constitution, car elles violaient les droits fondamentaux des femmes. Cependant, aucune nouvelle loi n’a été adoptée pour remplacer ces dispositions obsolètes. Résultat : les femmes qui avortent ou les médecins qui les aident risquent toujours des poursuites pénales, bien que les poursuites soient rares en pratique. Cette incertitude juridique a poussé de nombreuses femmes à recourir à des méthodes clandestines, souvent dangereuses.

Mifépristone : solution envisagée

La mifépristone, aussi appelée RU 486 ou Mifegyne en France, est un médicament utilisé pour réaliser des interruptions volontaires de grossesse (IVG). Introduit en France en 1988, ce produit est déjà disponible dans 101 pays à travers le monde. En Corée du Sud, il n’était jusqu’à présent impossible d’obtenir une prescription légale de ce médicament. Les femmes devaient donc se tourner vers des réseaux clandestins, avec des risques importants : produits contrefaits, mal conservés ou expirés. Le gouvernement sud-coréen a annoncé le 16 septembre 2026 vouloir autoriser la mifépristone d’ici au premier trimestre 2027, une décision qui pourrait clarifier le cadre légal de l’IVG dans le pays.

Modalités de distribution

Les modalités de distribution de la mifépristone en Corée du Sud font débat. Selon l’agence de presse nationale Yonhap, le médicament serait d’abord réservé aux hôpitaux pendant deux ans, et uniquement pour les grossesses de moins de neuf semaines. Après cette période, sa prescription pourrait être élargie aux médecins et aux pharmacies. Cette restriction vise à encadrer strictement l’accès au médicament, tout en évitant les dérives. Cependant, des associations comme le Collectif pour la garantie du droit à une interruption de grossesse sûre pour toutes critiquent ces limites, estimant qu’elles maintiennent des obstacles à l’accès à l’IVG pour de nombreuses femmes.

Enjeux et réactions

L’annonce du gouvernement sud-coréen a suscité des réactions contrastées. D’un côté, les défenseurs des droits des femmes saluent une avancée majeure, car la mifépristone permettrait de réduire les risques liés aux avortements clandestins. De l’autre, certains acteurs médicaux et politiques expriment des réserves sur les modalités proposées, notamment la limitation aux hôpitaux et le délai de neuf semaines. Par ailleurs, des manifestantes défendant le droit à l’IVG et l’accès aux pilules abortives ont défilé à Séoul en septembre 2025, montrant l’importance du sujet dans le débat public. La Première ministre, Han Seong-sook, a joué un rôle clé dans cette annonce, mais le processus législatif reste à finaliser.

Ce que ça pourrait changer

La Corée du Sud n’est pas le seul pays à avoir connu une *zone grise* autour de l’avortement. En 2022, les États-Unis ont restreint l’accès à l’IVG dans plusieurs États après l’annulation d’un arrêt historique. En Europe, des pays comme la Pologne ou Malte interdisent toujours l’avortement, tandis que d’autres, comme la France, l’ont légalisé. La mifépristone est déjà largement utilisée dans des pays comme la France, l’Allemagne ou le Royaume-Uni, où elle est considérée comme une méthode sûre et efficace pour les IVG précoces. Son introduction en Corée du Sud pourrait donc s’inscrire dans une tendance internationale vers une libéralisation progressive de l’accès à l’avortement.

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