De nombreuses espèces d’abeilles renferment de minuscules particules magnétiques, suggérant l’existence d’une boussole interne
Les scientifiques ignorent encore comment les insectes utilisent leur sens magnétique pour s’orienter. Laura Russo Les abeilles sociales, les espèces solitaires, celles qui nichent dans le sol ou dans des cavités : toutes ou presque présentent des traces de magnétisme.
Une étude récente publiée dans la revue Science Advances révèle que 74 des 96 espèces d’abeilles testées possèdent des propriétés magnétiques, suggérant la présence de minuscules particules de fer comme la magnétite. Cette découverte contredit l’idée selon laquelle seules les abeilles sociales, comme les abeilles domestiques, pourraient utiliser un champ magnétique terrestre pour s’orienter. La magnétoréception désigne la capacité de certains animaux à détecter le champ magnétique terrestre grâce à des composés magnétiques, un sens encore mal compris mais observé chez plusieurs espèces. Les chercheurs ont mesuré le magnétisme en réduisant des abeilles en poudre et en analysant leur réponse à l’aide d’un magnétomètre, un appareil capable de détecter des signaux magnétiques très faibles.
Les résultats de l’étude montrent que le magnétisme n’est pas réservé aux abeilles sociales ou à celles nichant dans des cavités, comme on le pensait auparavant. En effet, des espèces solitaires, des abeilles nocturnes et des espèces nichant dans le sol ont également présenté des propriétés magnétiques. Par exemple, une petite abeille sociale de la famille des Halictidae, qui niche dans le sol, a montré une forte réponse magnétique. Les chercheurs ont également observé que les abeilles de grande taille étaient généralement plus magnétiques que les petites, et que les espèces sociales l’étaient davantage que les solitaires. Ces observations remettent en cause l’hypothèse selon laquelle la magnétoréception serait liée à la vie en colonie ou à un mode de nidification spécifique.
L’étude suggère que le magnétisme pourrait être un caractère ancestral chez les abeilles, apparu bien avant leur diversification. En effet, des traces de magnétisme ont été détectées dans toutes les familles d’abeilles étudiées, ainsi que chez d’autres insectes comme des coléoptères, des guêpes ou des mouches. Cette découverte implique que la capacité à détecter le champ magnétique terrestre pourrait être un trait évolutif très ancien, conservé au fil des générations. Les chercheurs ont également noté que l’intensité du signal magnétique variait selon les parties du corps des abeilles, mais jamais de manière localisée, ce qui remet en question certaines hypothèses sur le fonctionnement de la magnétoréception.
Malgré ces avancées, de nombreuses questions subsistent. Bien que le magnétisme soit un indicateur fort de la magnétoréception, il est difficile de le prouver expérimentalement sans étudier des abeilles vivantes dans leur environnement naturel. La magnétoréception reste l’un des sens animaux les plus controversés, car son rôle exact dans le comportement des insectes n’est pas clairement établi. Par exemple, même chez les bourdons, considérés comme capables de magnétoréception, les scientifiques ignorent comment cette capacité est utilisée au quotidien. Les abeilles domestiques sont les seules pour lesquelles des preuves plus solides existent, comme leur capacité à distinguer des anomalies locales du champ magnétique après un entraînement en laboratoire.
L’étude ne permet pas d’expliquer ni la fonction du magnétisme chez les abeilles ni le mécanisme biologique de la magnétoréception. Par exemple, il n’est pas clair si ce magnétisme joue un rôle dans l’orientation, la navigation ou d’autres comportements. De plus, les chercheurs n’ont pas pu confirmer si les espèces présentant un magnétisme plus marqué que celui des abeilles domestiques possèdent effectivement cette capacité. Enfin, l’absence de localisation précise du signal magnétique dans le corps des abeilles ne soutient pas certaines hypothèses, comme celle impliquant des *cryptochromes*, des protéines sensibles à la lumière présentes dans les yeux, qui pourraient être impliquées dans la détection du champ magnétique.

