NapseflowNapseflow
Géopolitique

Comment la formation de la croûte océanique a été observée en direct pour la première fois

Courrier International · mis à jour il y a 27 j

Une équipe française a assisté à la formation du plancher océanique lors d’un événement majeur qui s’est produit au printemps 2024. La description de ce phénomène est détaillée dans une étude qui vient de paraître..

Événement géologique rare

En 2024, un phénomène exceptionnel s’est produit dans le sud de l’océan Indien : environ 160 millions de mètres cubes de magma se sont répandus en seulement seize jours, formant une nouvelle croûte océanique. Ce volume correspond à environ 64 000 piscines olympiques, illustrant l’ampleur de l’événement. Une telle quantité de matière en fusion, expulsée en si peu de temps, est rare et offre une opportunité unique d’étudier les mécanismes de création du plancher océanique. Ce processus, appelé accrétion océanique, se produit généralement de manière progressive et moins visible. Ici, la rapidité et l’ampleur de l’éruption ont permis une observation directe, ce qui est inédit dans l’histoire de la géologie moderne.

Localisation précise

L’événement s’est déroulé près de l’île Saint-Paul, située à environ 200 kilomètres de l’endroit où les plaques tectoniques antarctique et australienne se sont écartées lors d’un séisme en 2024. Cette zone fait partie de la dorsale sud-est indienne, une faille active sous-marine où les plaques tectoniques s’éloignent l’une de l’autre, permettant au magma de remonter depuis le manteau terrestre. La dorsale est une structure géologique majeure, souvent comparée à une chaîne de montagnes sous-marine, où se forment en permanence de nouvelles portions de croûte océanique. La localisation précise de l’éruption a été déterminée grâce à des instruments déployés en amont.

Préparation scientifique

Deux mois avant l’éruption, une équipe française avait installé 15 stations de surveillance le long d’un segment de la dorsale sud-est indienne, dans le cadre du projet OHA-Geodams (Observatory with Hydro-Acoustics and Geodesy Near Amsterdam Island). Ces stations, réparties sur 100 kilomètres, étaient équipées de balises acoustiques, d’hydrophones et de capteurs de pression, placés entre 1 400 et 2 000 mètres de profondeur. L’objectif était de mesurer les mouvements du sol, les séismes et les coulées de lave pour étudier l’activité géologique de la région. Ce dispositif a permis de capturer en temps réel les données de l’éruption, une première mondiale.

Méthodes de mesure

Les instruments utilisés dans le projet OHA-Geodams reposent sur plusieurs technologies. Les balises acoustiques émettent des signaux sonores pour mesurer les distances et les déplacements du fond marin. Les hydrophones enregistrent les sons sous-marins, notamment ceux produits par les séismes ou les coulées de magma. Les capteurs de pression détectent les variations de pression liées aux mouvements du sol ou aux éruptions. Ces outils, combinés à des mesures géodésiques, ont permis aux chercheurs de suivre l’évolution de la faille et de documenter la formation de la nouvelle croûte océanique en direct. Les données recueillies ont été analysées et publiées dans la revue Nature.

Ce que ça pourrait changer

Cette observation en temps réel marque une avancée majeure pour la géologie marine. Jusqu’à présent, les scientifiques étudiaient la formation de la croûte océanique principalement à partir de modèles théoriques ou de données indirectes, comme les carottes prélevées dans les sédiments marins. Grâce à ce dispositif, ils ont pu confirmer ou affiner certaines hypothèses sur les mécanismes en jeu, comme la vitesse d’expansion des fonds océaniques ou le rôle des séismes dans la remontée du magma. Ingo Grevemeyer, géodynamicien marin cité par *The New York Times*, a souligné l’importance de cette découverte, qualifiant l’événement de « chance exceptionnelle » pour la science.

Sujets complémentaires