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Culture

Lycéens mutilés : Laurent Nuñez peut-il laisser faire ?

France Culture - Savoirs · mis à jour 6 oct.

Une main arrachée, un adolescent éborgné... Face aux lycéens, le ministre de l'Intérieur doit revoir la doctrine des forces de l'ordre..

Blessures graves chez lycéens

Depuis le début du mouvement lycéen en France, plusieurs adolescents ont subi des blessures extrêmement graves lors d'affrontements avec les forces de l'ordre. Parmi les cas les plus marquants, on compte une main arrachée par une grenade, un œil perdu après un tir de LBD (lanceur de balle de défense), ou encore une mâchoire détruite nécessitant une alimentation par paille. Ces mutilations, survenues en quelques jours seulement, sont qualifiées d'inédites par l'auteur de l'article. L'IGPN (Inspection générale de la police nationale), surnommée la police des polices, a ouvert dix enquêtes pour faire la lumière sur ces incidents. Certaines victimes étaient impliquées dans des violences, mais d'autres se trouvaient simplement au mauvais endroit au mauvais moment, sans lien avec des actes répréhensibles. Ces blessures soulèvent des questions sur les méthodes utilisées par les policiers et sur la responsabilité du gouvernement.

Rôle du LBD et critiques

Le LBD (lanceur de balle de défense) est un pistolet tirant des projectiles en caoutchouc ou en métal, utilisé par les forces de l'ordre pour disperser les manifestations. Depuis près de dix ans, le Défenseur des droits recommande son interdiction dans les opérations de maintien de l'ordre, en raison des risques élevés de blessures graves. Malgré ces alertes, les LBD restent largement employés. L'article souligne que ces armes, combinées aux grenades, sont au cœur des mutilations observées chez les lycéens. Les critiques à l'encontre du gouvernement et du ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, portent sur l'absence de mesures pour limiter leur usage. La Ligue des droits de l'homme parle de dérive, tandis que la gauche politique exige un changement de doctrine policière.

Consignes policières controversées

Le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, assume pleinement les méthodes utilisées par la police. Dans une interview télévisée, il a affirmé qu'aucune consigne de retenue n'était donnée aux policiers et que tous les moyens, y compris les armes intermédiaires comme les LBD, pouvaient être utilisés pour mettre fin aux violences. Il justifie cette fermeté par la proportionnalité et la gravité de la situation, évoquant des scènes d'émeute et de violence urbaine. Pourtant, ces propos contrastent avec les chiffres : depuis le début du mouvement, plus de 5 000 personnes ont été placées en garde à vue, un nombre supérieur à celui enregistré lors des émeutes de 2023, marquées par des pillages et des destructions massives. Cette approche soulève des interrogations sur l'équilibre entre ordre public et respect des droits fondamentaux.

Contexte historique et enjeux

L'article rappelle un précédent tragique : la mort de Malik Oussekine, un étudiant pacifique battu à mort par des policiers en 1986. Cet événement avait provoqué une onde de choc dans la société française et mis en lumière la question du contrôle politique sur les forces de l'ordre. Bernard Deleplace, alors responsable d'un grand syndicat policier, avait alors déclaré que frapper un manifestant à terre et sans défense, c'est se déshonorer soi-même et que les hommes politiques ne doivent pas gouverner la police comme une campagne électorale. Quarante ans plus tard, ces mots résonnent avec une actualité brûlante, alors que le ministre de l'Intérieur doit s'expliquer devant la Commission des Lois de l'Assemblée nationale. La peur d'un nouveau drame plane, d'autant que les mobilisations lycéennes se poursuivent.

Ce que ça pourrait changer

L'article interroge la responsabilité de Laurent Nuñez et, plus largement, du gouvernement dans la gestion des forces de l'ordre. Si le ministre reconnaît que chaque blessé est un *drame*, il ne modifie pas pour autant les consignes données aux policiers. Les syndicats policiers, comme la *FASP* (Fédération autonome des syndicats de police) à l'époque de Malik Oussekine, avaient insisté sur la nécessité de respecter une éthique professionnelle et de ne pas céder à la démagogie politique. Aujourd'hui, la question se pose à nouveau : jusqu'où peut-on aller dans la répression pour maintenir l'ordre, sans franchir une ligne rouge ? Le débat dépasse le cadre policier pour toucher à la légitimité même de l'action gouvernementale face à la jeunesse.

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