Les enjeux de la visite en France de Léon XIV 4/5 : Le style de Léon XIV : ferme, en douceur
C’est un pape encore méconnu qui arrive pour quatre jours en France. Léon XIV (71 ans) a été élu il y a moins d’un an et demi.
Léon XIV, élu pape il y a moins d’un an et demi à l’âge de 71 ans, est une figure encore méconnue du grand public. Contrairement aux images des derniers papes comme Jean-Paul II, Benoît XVI ou François en fin de pontificat, Léon XIV se distingue par sa vitalité : il pratique régulièrement le tennis et semble en bonne santé physique. Son élection en novembre 2025 marque un tournant, car il est perçu comme un homme jeune et en forme, capable de s’imposer sur la scène internationale. Son frère raconte qu’il prend son temps pour réfléchir avant de répondre à une question, illustrant une personnalité réfléchie et patiente. Ce pape est décrit comme à la fois simple dans ses relations et très à l’écoute, avec une manière de gouverner qualifiée de collégiale, c’est-à-dire impliquant largement les autres acteurs de l’Église dans ses décisions.
Léon XIV se distingue par un équilibre entre tradition et modernité. Il est plus attaché aux rites et aux symboles de la papauté que son prédécesseur François, par exemple en portant la mosette (une petite cape rouge) et une étole dorée lors de son élection, alors que François avait opté pour une simple aube blanche. Cependant, il conserve une approche easy going (détendue) et ne porte pas les fameuses chaussures rouges du pape. Sur le fond, il maintient une grande continuité avec les orientations de François, notamment sur des sujets comme l’écologie, les migrants et la défense de la vie. Son style est donc décrit comme un mélange entre la fermeté sur les principes et une ouverture dans les méthodes, incarnant ce que certains appellent un François américain.
Léon XIV est surnommé un homme de petits pas, car il avance lentement mais sûrement dans ses réformes. Contrairement à François, connu pour son activisme, il a été élu pour apaiser les tensions au sein de l’Église, fracturée par les changements rapides de son prédécesseur. Jusqu’à présent, il a peu procédé à des nominations importantes ou à des réformes majeures, ce qui lui vaut des critiques l’accusant de manquer d’éclat. Pourtant, cette approche est volontaire : il mise sur la stabilité et la consolidation plutôt que sur des bouleversements. Romilda Ferrauto, ancienne responsable du service francophone de Radio Vatican, souligne qu’il donne à l’Église une autorité morale sur la scène internationale, en agissant avec fermeté mais sans précipitation.
Léon XIV se montre ferme sur les valeurs catholiques, rappelant parfois Benoît XVI dans son intransigeance sur des principes considérés comme non négociables. Il a passé 20 ans à prêcher l’Évangile au Pérou, ce qui a forgé sa réputation de missionnaire, une qualité qui rappelle aussi Jean-Paul II. Cette fermeté se manifeste dans ses prises de position publiques, comme son opposition à Donald Trump, son appel à la liberté religieuse face à Recep Tayyip Erdoğan en Turquie, ou encore sa dénonciation de la corruption devant le dictateur camerounais Paul Biya. Ces interventions illustrent son engagement à défendre les droits humains et les valeurs de l’Église, même face à des dirigeants puissants.
La visite de Léon XIV en France s’inscrit dans un contexte de sécularisation croissante en Europe. L’un de ses objectifs est d’encourager un renouveau de la foi, notamment à travers une hausse des baptêmes d’adultes et d’adolescents, avec 20 000 baptêmes célébrés lors des fêtes de Pâques 2026, un chiffre en constante augmentation depuis plusieurs années. Le pape souhaite promouvoir une pratique religieuse assumée, sans tomber dans une crispation identitaire. Ce voyage lui permettra aussi d’évaluer si la France, souvent perçue comme un pays très sécularisé, peut offrir des réponses à ce défi. Il s’agit donc d’une mission à la fois pastorale et symbolique, visant à redonner du sens à la foi catholique dans un contexte moderne.

