Table-ronde : Le Yémen face au retour de la guerre
Au Yémen, l'offensive menée le 11 septembre 2026 a permis aux rebelles Houthis de se saisir du littoral de la mer Rouge. Quelles sont les conséquences de cette offensive, alors qu'une centaine de milliers de Yéménites ont été contraints de prendre les routes ?.
Le 11 septembre 2026, les rebelles Houthis ont lancé une offensive militaire majeure au Yémen, leur permettant de prendre le contrôle d’une grande partie du littoral de la mer Rouge. Cette région stratégique borde le détroit de Bab el Mandeb, un passage maritime essentiel reliant la mer Rouge à l’océan Indien. Les Houthis, un groupe armé d’obédience chiite, sont soutenus par l’Iran et s’opposent au gouvernement yéménite reconnu internationalement, dirigé par Abdrabbo Mansour Hadi. Leur avancée récente marque un tournant dans le conflit qui déchire le pays depuis 2014. Les combats ont déjà provoqué le déplacement forcé de plus de 100 000 personnes, selon le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR), un organisme de l’ONU chargé de protéger les réfugiés et les déplacés.
La guerre au Yémen dure depuis douze ans, et cette nouvelle offensive aggrave une crise humanitaire déjà catastrophique. Les familles déplacées, dont certaines ont déjà fui plusieurs fois, peinent à trouver un abri, de la nourriture ou des soins. Les infrastructures du pays, déjà très endommagées par des années de conflit, sont incapables d’absorber un tel afflux de personnes. Les organisations humanitaires, comme le HCR, alertent sur le manque de ressources pour venir en aide à ces populations. Le Yémen, l’un des pays les plus pauvres du monde, dépend largement de l’aide internationale, mais celle-ci est souvent entravée par les combats et les restrictions imposées par les différentes parties en conflit.
Le détroit de Bab el Mandeb, contrôlé en partie par les Houthis, est une voie maritime cruciale pour le commerce mondial, notamment pour le transport du pétrole. Environ 10 % du pétrole mondial transite par ce détroit, ce qui en fait une zone stratégique pour les puissances régionales et internationales. L’Iran, principal allié des Houthis, cherche à étendre son influence dans la région, tandis que l’Arabie saoudite et les États-Unis soutiennent le gouvernement yéménite. Cette offensive pourrait donc avoir des répercussions bien au-delà des frontières du Yémen, en perturbant les routes commerciales et en exacerbant les tensions entre ces acteurs.
Face à l’avancée des Houthis, le gouvernement yéménite tente de mobiliser ses forces pour résister. Cependant, ses moyens militaires sont limités, et il dépend en grande partie du soutien de la coalition internationale menée par l’Arabie saoudite. Cette coalition, qui intervient au Yémen depuis 2015, a déjà subi des revers face aux Houthis, malgré des moyens militaires bien supérieurs. Les analystes s’interrogent sur la capacité du gouvernement à tenir face à cette nouvelle offensive, d’autant que les divisions internes et la corruption affaiblissent ses institutions.
La situation au Yémen reste extrêmement volatile. Les Houthis, qui contrôlent déjà une grande partie du nord du pays, pourraient continuer leur avancée vers le sud, où se trouvent les grandes villes comme Aden. Une victoire totale des Houthis changerait radicalement la donne politique au Yémen, mais elle aggraverait aussi la crise humanitaire. Les experts soulignent que, sans une solution politique négociée, le conflit risque de s’éterniser, avec des conséquences dévastatrices pour la population civile. Les négociations de paix, jusqu’ici infructueuses, semblent plus lointaines que jamais.

