Des milliers de personnes rassemblées à Belgrade pour les obsèques de Ratko Mladic
Bruxelles condamne la « glorification » d’un homme condamné pour génocide lors de la guerre de Bosnie..
Ratko Mladic, ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, est décédé fin août 2026 à l'âge de 84 ans aux Pays-Bas, où il purgeait une peine de prison à perpétuité. Il avait été condamné pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis pendant la guerre de Bosnie (1992-1995). Parmi ses crimes, le massacre de Srebrenica en juillet 1995, considéré comme le pire crime de guerre en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, avec environ 8 000 hommes et adolescents musulmans tués. Mladic avait été arrêté en 2011 après seize ans de cavale et définitivement condamné en 2021 après neuf ans de procès à La Haye, siège du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY).
Des milliers de personnes se sont rassemblées à Belgrade pour les funérailles de Ratko Mladic, organisées dans une petite église orthodoxe Saint-Luka, bien que les funérailles nationales aient traditionnellement lieu dans le grand temple Saint-Sava. La cérémonie, officiellement organisée par son fils Darko, a réuni des fidèles, des vétérans serbes et des personnalités, avec des soldats en uniforme rendant hommage devant son cercueil. Des drapeaux serbes, des banderoles et des T-shirts à son effigie étaient visibles, tandis que des prêtres orthodoxes lisaient des prières. La foule a afflué dès l'ouverture des portes, avec des centaines de personnes en file d'attente. La police a sécurisé les rues voisines pour éviter tout débordement.
L'Union européenne (UE) a fermement rejeté toute glorification de Ratko Mladic, rappelant que la négation de génocide et le révisionnisme n'ont pas leur place dans ses valeurs ni dans celles des pays candidats à l'adhésion, comme la Serbie. Un porte-parole du service diplomatique de l'UE a déclaré que ces hommages étaient incompatibles avec l'appartenance à l'UE. La commissaire européenne Marta Kos a annulé une visite prévue en Serbie, estimant que ces célébrations étaient en contradiction avec les principes européens. Denis Becirovic, membre bosniaque de la présidence tripartite de Bosnie, a dénoncé une identification des dirigeants serbes à l'un des pires criminels de guerre de l'histoire européenne, craignant des conséquences imprévisibles pour la stabilité de la région.
Ratko Mladic était une figure centrale du conflit en ex-Yougoslavie après la chute du communisme, aux côtés de Slobodan Milosevic (ancien président yougoslave, décédé en prison) et Radovan Karadzic (ex-dirigeant des Serbes de Bosnie, toujours en prison). La guerre de Bosnie (1992-1995) a causé environ 100 000 morts et 2,2 millions de déplacés. En Serbie, Mladic reste perçu comme un héros national par une partie de la population, notamment dans l'entité serbe de Bosnie (Republika Srpska), où des veillées et rassemblements ont eu lieu en son honneur. Son cercueil a été transporté en Serbie par un avion gouvernemental, accueilli avec des honneurs militaires, et des jeunes ont salué le convoi avec des fumigènes et des banderoles.
Le président serbe Aleksandar Vucic a initialement annoncé des honneurs militaires et d'État pour Mladic, suscitant une indignation internationale, avant de tempérer cette décision. Il a finalement déclaré que la cérémonie respecterait les souhaits de la famille et ne serait pas une glorification du défunt. Vucic a précisé qu'il n'assisterait pas aux funérailles en raison d'un engagement antérieur, tout en affirmant que des dizaines de milliers de personnes étaient attendues. Le ministre serbe de la Justice, Nenad Vujic, avait d'abord évoqué des hommages officiels, mais cette proposition a été critiquée et modérée sous la pression internationale. L'État serbe a assuré la sécurité de l'événement.
Les funérailles de Ratko Mladic ont pris une dimension politique, avec des slogans comme *Bienvenue, Général, merci à ta mère d'avoir mis au monde un héros, afin que la gloire de la ''Grande Serbie'' revienne* affichés publiquement. Cette expression fait référence à un projet nationaliste serbe visant à unifier les territoires habités par des Serbes, notamment en Bosnie. Des retraités comme Radojka Visic ont exprimé leur soutien à Mladic, le qualifiant de héros et accusant la justice internationale de l'avoir torturé en prison. Des associations de généraux serbes actifs ou retraités ont également organisé des hommages, renforçant l'image d'un homme encore célébré par une partie de la population serbe malgré ses condamnations pour crimes de guerre.

