« La loi Ripost souffre des mêmes maux que la très longue liste des lois sécuritaires précédentes »
Le juriste Serge Slama regrette, dans une tribune au « Monde », que les textes relatifs au maintien de l’ordre votés ces dernières années additionnent des mesures sans que ni leur efficacité ni leur incidence sur les libertés publiques ne soient réellement évaluées..
La loi Ripost, présentée en 2026, est une nouvelle proposition législative française axée sur la sécurité intérieure. Elle s’inscrit dans la continuité d’une série de lois sécuritaires adoptées ces dernières décennies en France, comme la loi Sécurité globale de 2021 ou la loi Antiterroriste de 2017. Ces textes visent généralement à renforcer les pouvoirs de police, à étendre les moyens de surveillance ou à durcir les peines encourues pour certains délits. La loi Ripost, comme ses prédécesseures, suscite des débats sur son efficacité réelle face à l’insécurité, ainsi que sur ses possibles dérives, notamment en matière de libertés individuelles. Les critiques soulignent que ces lois, souvent adoptées dans l’urgence après des événements tragiques, répondent davantage à une logique symbolique qu’à une analyse approfondie des causes de la criminalité.
L’article souligne que la loi Ripost partage les mêmes défauts que les lois sécuritaires précédentes, à savoir un manque de fondement empirique solide. Plusieurs rapports, dont ceux de la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) ou du Défenseur des droits, ont pointé du doigt l’absence de preuves tangibles que ces lois réduisent effectivement la délinquance. Par exemple, une étude de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) a montré que les lois sécuritaires des 20 dernières années n’ont pas eu d’impact significatif sur les taux de criminalité en France. De plus, ces textes sont souvent accusés de privilégier des mesures répressives au détriment de politiques préventives, comme l’éducation ou l’accompagnement social, jugées plus efficaces à long terme.
Un autre point de critique récurrent concerne les atteintes aux libertés individuelles que pourraient entraîner ces lois. La loi Ripost, comme ses prédécesseures, prévoit notamment l’élargissement des pouvoirs de police, avec des mesures comme la vidéosurveillance algorithmique ou l’extension des contrôles d’identité. Ces dispositifs, bien que présentés comme des outils de lutte contre le terrorisme ou la criminalité organisée, soulèvent des questions sur leur proportionnalité et leur respect du principe de précaution. Par exemple, la CNCDH a alerté en 2025 sur les risques de biais discriminatoires liés à l’usage de technologies de reconnaissance faciale, déjà expérimentées dans certaines villes françaises sans cadre juridique clair.
L’article met en lumière un problème récurrent dans l’adoption de ces lois : leur processus législatif, souvent rapide et peu transparent. La loi Ripost, comme les précédentes, a été discutée dans un calendrier accéléré, limitant les possibilités de consultation des experts, des associations et des citoyens. Ce manque de débat démocratique est critiqué par des juristes et des sociologues, qui soulignent que ces lois devraient faire l’objet d’une évaluation approfondie avant leur adoption. Par exemple, la loi Sécurité globale de 2021 avait été adoptée en seulement quelques semaines, sans véritable concertation avec les acteurs de terrain, comme les associations de défense des droits humains ou les syndicats de police.
Enfin, l’article souligne que les lois sécuritaires, dont la loi Ripost, négligent souvent les solutions alternatives qui ont fait leurs preuves à l’étranger. Des pays comme le Canada ou les pays nordiques ont réduit leur criminalité en combinant des politiques sociales (logement, éducation, emploi) et des approches policières ciblées, plutôt qu’en misant uniquement sur la répression. En France, ces alternatives sont rarement évoquées dans les débats législatifs, alors que des études montrent que des investissements dans la prévention (comme les *zones de sécurité prioritaires*) pourraient être plus efficaces que des lois toujours plus répressives. Pourtant, ces pistes restent marginalisées au profit de mesures symboliques, souvent plébiscitées par l’opinion publique dans l’immédiateté des crises.

