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Environnement

« Des hôpitaux font des opérations dans le noir » : la chaleur et la clim privent la Tunisie d'électricité

Reporterre · mis à jour il y a 4 j

La Tunisie a vu se réaliser un scénario redouté lors de cet été marqué par des records de chaleur : des coupures d'électricité en série ont mis en défaut des services essentiels au moment même où la canicule les rendait indispensables. Bizerte (Tunisie), correspondance Chiheb parle avec la liberté de ceux qui ont déjà tout perdu.

Canicule et pénurie électrique

En Tunisie, la vague de chaleur intense de l'été 2023 a provoqué une augmentation brutale de la demande en électricité, principalement due à l'usage massif de la climatisation. Les températures ont dépassé les 40°C, poussant les Tunisiens à recourir massivement aux systèmes de refroidissement pour se protéger. Cette situation a mis en tension le réseau électrique national, déjà fragilisé par des décennies de sous-investissement et de dépendance aux énergies fossiles. La Tunisie produit environ 90 % de son électricité à partir de centrales thermiques alimentées par du gaz naturel et du pétrole, des ressources coûteuses et polluantes. Le pays importe également de l'électricité depuis l'Algérie et la Libye, mais ces échanges sont limités par les capacités des infrastructures. Les autorités tunisiennes ont alors dû faire face à un défi majeur : assurer l'approvisionnement en électricité malgré une demande record, tout en maintenant les services essentiels comme les hôpitaux.

Coupures ciblées et conséquences

Pour éviter un black-out total, la compagnie nationale d'électricité Société Tunisienne de l'Électricité et du Gaz (STEG) a instauré des coupures de courant planifiées, appelées load shedding en anglais. Ces interruptions, qui durent parfois plusieurs heures par jour, touchent prioritairement les zones résidentielles et les industries, mais peuvent aussi affecter les hôpitaux et les services publics. Selon des témoignages recueillis par le média Reporterre, des établissements de santé ont dû opérer dans le noir ou reporter des interventions chirurgicales en urgence. Les coupures ont également causé des pertes importantes dans le secteur agricole, où des denrées périssables comme les fruits et légumes ont été perdues faute de réfrigération. Les autorités tunisiennes ont justifié ces mesures par la nécessité de préserver l'équilibre du réseau électrique, mais elles ont suscité une vive colère parmi la population et les professionnels de santé.

Crise économique et sociale

La crise électrique en Tunisie s'inscrit dans un contexte économique déjà difficile. Le pays, endetté à hauteur de 100 milliards de dollars, subit depuis des années les conséquences d'une économie peu diversifiée et dépendante des importations d'énergie. Les subventions sur l'électricité, qui coûtent environ 2 milliards d'euros par an à l'État tunisien, pèsent lourdement sur les finances publiques. Cette situation a conduit à une augmentation des prix de l'électricité pour les ménages et les entreprises, aggravant le mécontentement social. Les manifestations contre la hausse des tarifs et les coupures de courant se sont multipliées, notamment dans les régions les plus touchées. Les experts soulignent que cette crise révèle les limites d'un modèle énergétique basé sur les énergies fossiles, incapable de répondre aux besoins croissants d'une population en expansion.

Ce que ça pourrait changer

Face à cette crise, les autorités tunisiennes ont évoqué plusieurs pistes pour sécuriser l'approvisionnement en électricité. Parmi elles, le développement des énergies renouvelables, comme l'éolien et le solaire, est présenté comme une solution à long terme. La Tunisie dispose d'un potentiel important dans ce domaine, avec un ensoleillement parmi les plus élevés au monde. Cependant, les investissements dans ces technologies restent insuffisants, en raison notamment du manque de financements et de la bureaucratie. Une autre solution envisagée est l'importation accrue d'électricité depuis l'Algérie et la Libye, mais ces pays font face eux-mêmes à des problèmes de production et de stabilité politique. Enfin, des discussions sont en cours pour négocier des prêts internationaux afin de moderniser le réseau électrique tunisien, mais les conditions imposées par les créanciers suscitent des craintes de nouvelles contraintes budgétaires pour l'État.

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