Cancers pédiatriques : comment les parents vivent-ils et s’adaptent-ils à l’épreuve du cancer de leur enfant ?
L’ESSENTIEL Lorsqu’un diagnostic de cancer touche un enfant, le quotidien et l’équilibre de la famille se recomposent. Les parents passent alors par trois grandes phases : rupture, routines et retour (après l’hospitalisation).
Lorsqu’un enfant reçoit un diagnostic de cancer, les parents vivent une rupture brutale de leur quotidien. Ce choc, décrit comme un « choc physique et émotionnel », les plonge dans une phase de sidération. Les parents doivent rapidement s’adapter à un environnement médical complexe, où des termes comme médulloblastome, leucémie aiguë myéloblastique ou néphroblastome deviennent leur quotidien. Comprendre ces noms de maladies et de traitements, ainsi que les procédures associées, représente une première difficulté majeure. Parallèlement, ils doivent expliquer la situation à leur enfant, souvent très jeune, et le préparer aux interventions (chimiothérapie, chirurgie, etc.), comme la perte des cheveux. Cette période est marquée par une charge émotionnelle intense, où les parents doivent aussi gérer les questions des proches et organiser les soins. Beaucoup mettent alors leurs propres besoins de côté pour se concentrer entièrement sur leur enfant, marquant le début de leur rôle d’_aidant_ (parent accompagnant activement l’enfant malade).
Après la phase de choc, la vie familiale s’organise autour des traitements de l’enfant, qui peuvent durer plusieurs mois ou années selon les protocoles (chimiothérapie, radiothérapie, chirurgie, immunothérapie ou protonthérapie). Les parents développent des « routines » pour s’adapter à ce nouveau rythme, mais celles-ci ne signifient pas un retour à la normale. Ils endossent des rôles multiples : taxi, infirmière, enseignant pour suivre la scolarité, ou encore organisateur de sacs d’urgence en cas d’_aplasie_ (effet secondaire de la chimiothérapie entraînant une baisse des globules blancs et une vulnérabilité accrue aux infections). Les parents apprennent les codes de l’hôpital, comme les horaires des soins ou les lieux de restauration, et nouent des liens avec d’autres familles dans la même situation. La fratrie, souvent négligée dans la prise en charge, dépend des soutiens informels (proches, voisins) pour maintenir un semblant de stabilité. Pendant cette phase, les parents sont les principaux acteurs de l’accompagnement de leur enfant malade, tandis que l’entourage gère le reste du foyer.
Le retour à domicile, après la fin des séjours hospitaliers intensifs, marque une nouvelle étape difficile pour les parents. Contrairement aux idées reçues, cette phase n’est pas synonyme de reprise d’une vie « normale ». Les parents doivent gérer les traitements à domicile, les rendez-vous de contrôle, les séquelles physiques ou psychologiques, et les démarches administratives (retour à l’école, reprise du travail, etc.). La maladie reste présente, comme une « épée de Damoclès », même après plusieurs années : le risque de rechute et les effets à long terme des traitements (fatigue, douleurs, troubles cognitifs) persistent. Pour certains parents, cette période correspond à un contrecoup après des mois de mobilisation intense, tandis que pour d’autres, elle devient une forme de chronicité où la maladie reste invisible mais omniprésente. Les fragilités accumulées pendant l’hospitalisation (épuisement, anxiété) peuvent alors resurgir, rendant cette phase tout aussi éprouvante que les précédentes. Les proches, qui avaient soutenu la famille pendant les traitements, se raréfient souvent, laissant les parents gérer seuls une partie de ces nouvelles contraintes.
Une étude menée sur près de trois ans, en partenariat avec l’association *Imagine For Margo*, a analysé l’expérience de 37 parents aidants (31 mères et 6 pères) à travers des questionnaires et des entretiens. Les résultats révèlent une trajectoire en trois phases (*rupture*, *routines*, *retours*) et soulignent le besoin d’un soutien adapté à chaque étape. Les chercheurs proposent une feuille de route pour améliorer l’accompagnement, notamment en fournissant des informations au bon moment et en explorant des outils comme l’*intelligence artificielle conversationnelle*. Un accent particulier est mis sur la phase de retour à domicile, où les parents manquent souvent de repères. L’étude suggère aussi la mise en place de bilans pour les parents et le partage de témoignages entre pairs (*pair-aidance*), notamment sur des sujets comme le retour au travail ou la gestion du quotidien après la maladie. Ces propositions visent à répondre aux besoins spécifiques des familles, souvent oubliées une fois les traitements intensifs terminés.

