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Géopolitique

La conscription des ultraorthodoxes, talon d’Achille de Nétanyahou avant les élections

Courrier International · mis à jour il y a 9 j

À quelques semaines du scrutin législatif du 27 octobre, la question de l’exemption militaire des ultraorthodoxes s’impose comme l’un des sujets brûlants de la campagne. Benyamin Nétanyahou tente de reconquérir les électeurs de droite excédés par les inégalités face au service militaire, sans rompre avec les partis religieux dont il pourrait avoir besoin pour gouverner.

Élections israéliennes

Les élections législatives israéliennes sont prévues pour le 27 octobre 2026. À sept semaines de ce scrutin, un sujet divise profondément l’opinion publique : la conscription des hommes ultraorthodoxes, c’est-à-dire l’obligation pour eux de servir dans l’armée israélienne. Ce débat oppose deux principes fondamentaux de la société israélienne : l’égalité de tous les citoyens devant la loi, y compris le service militaire obligatoire, et le respect des traditions religieuses des communautés ultraorthodoxes, qui considèrent que l’étude de la Torah (texte sacré du judaïsme) prime sur toute autre obligation. Benyamin Nétanyahou, actuel Premier ministre, se trouve au cœur de ce conflit, car il doit concilier les attentes de son électorat de droite, majoritairement favorable à l’égalité, avec le soutien indispensable des partis religieux pour former une coalition gouvernementale.

Contradiction de Nétanyahou

Benyamin Nétanyahou, chef du parti Likoud (droite nationaliste), est pris dans un dilemme politique. D’un côté, il cherche à séduire les électeurs de droite qui dénoncent les inégalités face au service militaire : les hommes ultraorthodoxes sont actuellement exemptés de conscription, tandis que les autres citoyens israéliens (y compris les femmes et les hommes non religieux) doivent servir dans l’armée. De l’autre, il a besoin du soutien des partis religieux, comme Judaïsme unifié de la Torah (parti ultraorthodoxe), pour gouverner. En juillet 2026, sa coalition a même adopté une loi suspendant temporairement les arrestations des jeunes ultraorthodoxes qui refusaient de se présenter à leur ordre de mobilisation. Pourtant, face aux critiques, Nétanyahou a récemment changé de discours, affirmant qu’après les élections, « celui qui n’étudie pas la Torah s’enrôlera – ou ira en prison ». Cette volte-face serait motivée par des sondages internes montrant un mécontentement croissant au sein du Likoud.

Pressions des sondages

Selon le quotidien israélien Yediot Aharonot, les enquêtes internes du Likoud révèlent que les concessions faites aux ultraorthodoxes ont causé des « dégâts indescriptibles » auprès de l’électorat de droite. Un haut responsable du parti aurait déclaré que la campagne actuelle de Nétanyahou en faveur des soldats et contre les exemptés était « une insulte à l’intelligence ». Les sondages montrent que les électeurs de droite, traditionnellement favorables à Nétanyahou, pourraient se tourner vers d’autres partis si la question de l’égalité face au service militaire n’est pas résolue. Cette pression électorale force le Premier ministre à adopter une position plus ferme sur la conscription, tout en évitant de rompre avec les partis religieux, dont le soutien est crucial pour sa réélection.

Manifestations ultraorthodoxes

Les communautés ultraorthodoxes, très influentes en Israël, manifestent régulièrement contre toute tentative de les obliger à servir dans l’armée. Le 24 août 2026, des milliers de personnes ont défilé à Bnei Brak, une ville israélienne à majorité ultraorthodoxe, pour protester contre l’idée d’une conscription obligatoire. Ces manifestations illustrent la résistance farouche de cette communauté à l’idée de renoncer à ses traditions, qui incluent une vie centrée sur l’étude religieuse et une séparation stricte entre les sexes. Pour les ultraorthodoxes, servir dans l’armée représenterait une menace pour leur mode de vie et leurs valeurs. Leur opposition est donc à la fois politique et culturelle, ce qui rend le sujet encore plus explosif dans le débat public.

Ce que ça pourrait changer

Au-delà des considérations politiques et religieuses, la question de la conscription des ultraorthodoxes a aussi une dimension sécuritaire. Israël fait face à des menaces constantes, notamment de la part du Hamas à Gaza, du Hezbollah au Liban et de l’Iran. L’armée israélienne (*Tsahal*) compte environ 170 000 soldats actifs, mais dépend fortement des réservistes et des conscrits pour maintenir sa capacité opérationnelle. Exempter une partie importante de la population masculine (les ultraorthodoxes représentent environ 12 % des hommes israéliens) réduit les effectifs disponibles et crée un déséquilibre perçu comme injuste par le reste de la population. Certains analystes soulignent que cette exemption affaiblit la cohésion nationale et la préparation militaire du pays, surtout en période de tensions accrues.

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