Les élections israéliennes « les plus importantes des 30 dernières années »
Radio-Canada s'est entretenu avec la chercheuse Sylvaine Bulle au sujet de ce scrutin prévu le 27 octobre..
Les élections législatives israéliennes du 27 octobre 2026 sont présentées comme les plus importantes des 30 dernières années par la sociologue Sylvaine Bulle, professeure au CNRS. Ce scrutin oppose principalement le Premier ministre sortant Benyamin Nétanyahou, en place depuis 2022, à une opposition menée par Yaïr Lapid (centriste laïc) et Naftali Bennett (orthodoxe de droite). Les enjeux sont majeurs : poursuivre la guerre actuelle ou tenter une reconstruction démocratique. Selon Bulle, le choix porte sur l'avenir d'Israël, entre une orientation religieuse et ultranationaliste ou un retour à des valeurs plus libérales et pluralistes. Les partis arabes israéliens, marginalisés depuis l'attaque du Hamas le 7 octobre 2023, pourraient s'abstenir massivement, limitant leur influence.
L'attaque du Hamas le 7 octobre 2023, qui a causé la mort de 1 220 personnes et la prise en otage de 251 civils et soldats, a profondément marqué la société israélienne. Ce traumatisme a élevé le seuil d'acceptabilité de la violence et poussé une partie de l'électorat vers des partis ultranationalistes comme ceux d'Itamar Ben Gvir ou Bezalel Smotrich. Selon Bulle, la société israélienne n'est plus structurée par l'axe gauche-droite traditionnel, mais par une peur généralisée et une quête de sécurité absolue. Les partis religieux et ultranationalistes gagnent en influence, tandis que les Palestiniens d'Israël, perçus comme responsables de l'attaque, sont exclus du débat politique.
Depuis 2022, Benyamin Nétanyahou dirige une coalition incluant des partis ultra-orthodoxes (comme Shas et Judaïsme unifié de la Torah) et d'extrême droite (comme celui de Bezalel Smotrich). Ces alliés défendent des intérêts divergents : les ultra-orthodoxes veulent préserver l'exemption du service militaire pour leurs jeunes, tandis que Smotrich prône l'annexion de la Cisjordanie et un Grand Israël. Cette coalition a tenu malgré des tensions, notamment sur la conscription des ultra-orthodoxes, ce qui a conduit à des élections anticipées. Nétanyahou, surnommé Bibi, détient le record de longévité au pouvoir avec environ 18 ans cumulés.
Nétanyahou cherche à se maintenir au pouvoir pour éviter son procès pour corruption et une commission d'enquête sur le 7 octobre 2023. Pour cela, il doit composer avec des alliés radicaux, ce qui limite ses marges de manœuvre. Son principal rival, Yaïr Lapid, a fusionné son parti Yesh Atid avec celui de Naftali Bennett pour former Ensemble, une coalition centriste. Cette opposition promet de maintenir les institutions démocratiques et l'État de droit, mais sans proposer de solution à deux États ni d'arrêt de la colonisation. D'autres figures, comme l'ancien chef d'état-major Gadi Eisenkot ou le libéral Yaïr Golan, émergent, mais sans alliance claire avec les partis arabes.
L'extrême droite israélienne est divisée en deux courants principaux. Bezalel Smotrich, ministre des Finances, défend un sionisme religieux et l'annexion de la Cisjordanie, ce qui entre en conflit avec les ultra-orthodoxes. Itamar Ben Gvir, ministre de la Sécurité nationale, prône un programme suprémaciste et raciste, comme le montre sa condamnation en 2007 pour incitation à la haine. Il milite aussi pour restreindre la Loi du retour, qui accorde la citoyenneté israélienne à tout Juif et à ses descendants, afin d'isoler Israël des Juifs diasporiques plus libéraux. Ces divisions affaiblissent la cohérence de la coalition Nétanyahou.
L'opposition à Nétanyahou est éclatée mais unie par la volonté de le faire tomber. Le parti *Ensemble*, dirigé par Lapid et Bennett, représente une alternative modérée, défendant la sécurité d'Israël sans orientation religieuse. Cependant, il exclut toute solution à deux États ou arrêt de la colonisation. Les partis arabes israéliens, qui ont tenté une candidature commune en 2026, sont marginalisés et pourraient s'abstenir massivement. Selon Bulle, les Palestiniens d'Israël sont les grands oubliés de la campagne, leur sort étant ignoré même par la gauche libérale. La solution à deux États est désormais perçue comme un « gadget de l'Occident ».

