RSF pointe le contournement facile des sanctions contre les médias russes via les chatbots
L’ONG a constaté que les sanctions européennes contre les médias russes prises depuis 2022 sont facilement contournables en utilisant les divers chatbots IA existants sur le marché et pose la question de la régulation de ces outils sur ce terrain. Alors que les chatbots IA sont de plus en plus utilisés comme moyens d’information, l’ONG […].
Depuis février 2022, l’Europe a imposé des sanctions contre 27 organes de désinformation russes, suspendant leurs activités et licences de diffusion. Ces médias, comme RIA Novosti, Russia Today (RT) ou Sputnik, sont accusés d’être des outils de propagande du Kremlin. Les sanctions visent à limiter leur influence en Europe, notamment en bloquant leur accès aux plateformes et aux financements. Cependant, ces mesures se heurtent à un nouveau défi : l’émergence des chatbots (agents conversationnels d’intelligence artificielle) comme sources d’information. Ces outils, capables de synthétiser des contenus en temps réel, pourraient contourner ces restrictions en fournissant indirectement des informations issues de ces médias sanctionnés.
L’ONG Reporters sans frontières (RSF) a testé six chatbots populaires (ChatGPT, Grok, Claude, Mistral, Gemini et Meta AI) pour évaluer leur capacité à contourner ces sanctions. RSF a utilisé un prompt (une instruction donnée à l’IA) simple : demander des informations sur l’actualité en se limitant à des sources russes sanctionnées. Les résultats montrent des comportements variés. Certains chatbots, comme ChatGPT et Grok, ont directement fourni des résumés de ces médias sans avertissement. D’autres, comme Claude, ont refusé de consulter ces sources en temps réel mais ont fourni des précisions sur les sanctions et le contrôle étatique de ces médias. Ces tests révèlent une faille dans l’application des sanctions lorsque les chatbots agissent comme intermédiaires.
Les chatbots réagissent différemment face aux demandes de RSF. ChatGPT et Grok ont systématiquement fourni des contenus issus des médias russes sanctionnés, sans mentionner les restrictions européennes. Claude (via son mode Cowork et ses modèles Sonnet 5, Opus 5 et Fable 5) a adopté une approche plus prudente : il a refusé de consulter ces sources en direct mais a expliqué pourquoi ces médias étaient sous sanctions. Mistral a parfois contourné les blocages en récupérant des contenus via des réseaux sociaux russes comme VKontakte ou Telegram, sans toujours répondre aux demandes de RSF. Gemini (Google) a montré une incohérence : il a refusé de partager des liens dans une session, mais en a fourni dans une autre, sans mention des sanctions. Seul Meta AI a systématiquement refusé de répondre, invoquant les sanctions européennes comme motif.
RSF critique l’inefficacité des sanctions européennes dans ce contexte et souligne que les chatbots comme ChatGPT permettent un contournement facile de ces restrictions. L’ONG demande à la Commission européenne d’ouvrir une enquête pour évaluer si OpenAI (créateur de ChatGPT) respecte ses obligations de prévenir les risques de désinformation. ChatGPT a récemment intégré le Digital Services Act (DSA), un règlement européen très strict qui impose aux plateformes de modérer les contenus et de limiter les risques systémiques. RSF estime qu’une régulation ex ante (en amont) des agents conversationnels d’IA est nécessaire pour rendre les sanctions ex post (en aval) plus efficaces. Sans cette régulation, les sanctions risquent de rester symboliques plutôt que concrètes.
Le cas des chatbots illustre un enjeu plus large : la capacité des plateformes numériques à appliquer des sanctions géopolitiques dans un environnement technologique en constante évolution. Les chatbots, en tant qu’intermédiaires entre les utilisateurs et les sources d’information, posent un défi inédit aux régulateurs. Contrairement aux médias traditionnels, ils ne sont pas directement soumis aux mêmes contraintes juridiques, car ils ne diffusent pas eux-mêmes les contenus mais les génèrent à la demande. Cette situation soulève des questions sur l’adaptation des cadres réglementaires, comme le DSA, pour couvrir ces nouveaux acteurs. La Commission européenne est invitée à clarifier ces règles afin d’éviter que les sanctions ne deviennent inopérantes face aux avancées technologiques.

