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Culture

Faut-il supprimer Parcoursup ?

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 11 h

Huit ans après sa création, Parcoursup cristallise la colère des lycéens. Accusée d’opacité et de renforcer les inégalités, la plateforme relance un débat de fond : faut-il réformer l’outil ou s’attaquer aux difficultés structurelles de l’enseignement supérieur qu’il met en lumière ?.

Huit ans de Parcoursup

Lancée en 2018, la plateforme Parcoursup a été créée pour remplacer l’ancien système APB (Admission Post-Bac), qui attribuait les places dans l’enseignement supérieur par tirage au sort. Son objectif était de rendre le processus plus transparent et équitable. Pourtant, huit ans plus tard, Parcoursup est au cœur de vives critiques. Des manifestations lycéennes, parties de l’académie de Créteil en septembre 2026, dénoncent son opacité et son rôle dans le renforcement des inégalités sociales. Le mouvement s’étend désormais à tout le pays, avec des slogans comme "Parcoursup, c’est l’enfer" ou "On veut étudier, pas survivre".

Les griefs contre Parcoursup

Les lycéens et leurs familles reprochent à Parcoursup plusieurs dysfonctionnements. D’abord, son algorithme, qui attribue les places dans les filières en fonction de critères souvent opaques, est accusé de favoriser les élèves issus de milieux favorisés. Ensuite, la plateforme est critiquée pour son manque de transparence : les critères de sélection, les taux d’acceptation et les listes d’attente ne sont pas toujours clairs. Enfin, Parcoursup génère une angoisse importante chez les élèves, qui doivent formuler des vœux sans toujours savoir s’ils auront une place. Ces tensions ont conduit des personnalités politiques, comme Jean-Luc Mélenchon, à demander l’abolition pure et simple de la plateforme.

Un problème structurel

Pour les experts invités dans le débat, Parcoursup n’est pas le seul problème : elle révèle des difficultés plus profondes du système éducatif français. D’abord, il manque des places dans les filières les plus demandées, comme la médecine ou les classes préparatoires, ce qui crée une compétition artificielle. Ensuite, l’orientation des élèves reste insuffisamment financée et encadrée, laissant beaucoup de jeunes sans repères face à des choix cruciaux. Enfin, les universités, sous-financées, peinent à accueillir tous les étudiants, ce qui aggrave les inégalités. Parcoursup agit comme un miroir grossissant de ces dysfonctionnements.

Les acteurs du débat

Trois experts interviennent pour éclairer ce débat. Annabelle Allouch, sociologue à l’université de Picardie-Jules Verne, analyse les inégalités sociales renforcées par Parcoursup. Julien Grenet, directeur de recherche au CNRS et professeur à l’École d’économie de Paris, étudie l’impact économique et social de la plateforme. Pierre Mathiot, professeur de sciences politiques à Sciences-Po Lille, a travaillé sur la réforme du baccalauréat en 2021 et connaît bien les enjeux de l’orientation. Leur point commun ? Tous soulignent que Parcoursup est un symptôme, pas une cause : c’est le système éducatif dans son ensemble qui doit être repensé.

Réformer ou supprimer ?

Face à la colère des lycéens, le gouvernement a annoncé vouloir "corriger ce qui peut l’être", sans préciser comment. Deux voies s’opposent. Certains, comme Mélenchon, prônent la suppression pure et simple de Parcoursup, estimant qu’elle aggrave les inégalités. D’autres, comme les experts cités, plaident pour une réforme en profondeur : plus de transparence dans les critères de sélection, un meilleur accompagnement des élèves dans leur orientation, et surtout, une augmentation des places dans les filières saturées. Le débat reste ouvert, mais une chose est sûre : le statu quo n’est plus tenable.

Ce que ça pourrait changer

Ce débat survient dans un contexte politique tendu, à moins d’un an de l’élection présidentielle de 2027. La question de Parcoursup, qui touche directement les jeunes, pourrait devenir un enjeu de campagne. Le gouvernement, déjà fragilisé par d’autres réformes controversées, doit trouver une réponse qui satisfasse à la fois les lycéens et les universités. Une chose est certaine : la plateforme, qu’elle soit réformée ou supprimée, a mis en lumière des problèmes structurels qui ne pourront plus être ignorés.

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