La Peste : l’Europe face à la mort 5/12 : Quand Daniel Defoe racontait la peste de Londres de 1665
L'écrivain Daniel Defoe, épidémiologiste avant l’heure ? Quand l'auteur de "Robinson Crusoé" nous raconte la peste de Londres de 1665, son récit fictif nous prend aux tripes. Ce récit très documenté fait l'objet d'une réédition en 1982.
Les Nuits de France Culture proposent un programme varié d’émissions culturelles et scientifiques, incluant histoire, littérature, philosophie, cinéma, musique et arts visuels. Ces émissions s’appuient sur des archives sonores sélectionnées et éditées avec soin, offrant aux auditeurs un accès à des savoirs et des récits issus de différentes époques. Parmi les thèmes abordés figurent des sujets comme la peste de Londres de 1665, analysée à travers le prisme de la littérature et de la science. Ces archives permettent de découvrir des œuvres majeures, comme le Journal de l’année de la peste de Daniel Defoe, ainsi que des analyses d’experts contemporains.
En 1722, l’écrivain anglais Daniel Defoe publie Journal de l’année de la peste, un récit fictif à la première personne qui relate la peste de Londres de 1665. Ce texte n’est pas une simple invention : il repose sur une démarche quasi historique, mêlant l’expérience personnelle de Defoe (il avait 5 ans lors de l’épidémie), des témoignages recueillis autour de lui et une recherche documentaire approfondie. Le récit, bien que fictif, est considéré comme l’un des témoignages les plus précis sur cette période, offrant une immersion dans les conséquences sociales et humaines de l’épidémie.
La peste de Londres en 1665 a été l’une des dernières grandes épidémies de peste bubonique en Europe, avec des conséquences dramatiques. Selon les estimations, elle a causé la mort d’environ 100 000 Londoniens, soit près d’un quart de la population de l’époque. Les mesures sanitaires étaient rudimentaires : les malades étaient isolés, les quartiers touchés étaient mis en quarantaine, et les cadavres étaient rapidement enterrés pour limiter la propagation. L’épidémie a profondément marqué la société, provoquant des comportements extrêmes, comme la fuite des familles ou l’abandon des proches.
Le récit de Defoe met en lumière l’effondrement des liens sociaux pendant l’épidémie. Comme le décrit l’auteur, la peur de la mort a conduit à une rupture des solidarités : les enfants abandonnaient leurs parents malades, et certains parents fuyaient leurs enfants. Cette période a révélé une règle primordiale, selon Defoe : la conservation de soi-même primait sur toute autre considération. Les comportements égoïstes et la méfiance généralisée ont aggravé la crise, illustrant comment une épidémie peut transformer une société en profondeur.
En 1982, le Journal de l’année de la peste est réédité en français dans la collection Folio, avec une préface du microbiologiste Henri Mollaret. Ce dernier, spécialiste de la peste, y rend hommage à Defoe, le qualifiant d’épidémiologiste avant l’heure en raison de la rigueur de son travail. Mollaret souligne que Defoe a adopté une démarche presque aussi historienne que littéraire, en s’appuyant sur des sources variées pour reconstituer les événements. Cette réédition a permis de redécouvrir l’œuvre sous un angle scientifique et historique.
Dans une émission diffusée sur France Culture le 12 mai 1982, intitulée *Agora*, Henri Mollaret revient sur le travail de Defoe et sur l’histoire générale de la peste. Le microbiologiste explique que le récit de Defoe, bien que fictif, offre une description précise des mécanismes de propagation de la maladie et des mesures sanitaires de l’époque. Mollaret met en avant la valeur documentaire du texte, qui permet de comprendre comment une épidémie peut bouleverser une société. Cette émission a contribué à populariser l’œuvre de Defoe auprès du grand public.

