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Histoire de l’Afrique : comment sortir du prisme occidental ?

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 29 j

Souvent enseignée à travers l’esclavage et la colonisation, l’histoire africaine ne se résume pas seulement à ces épisodes. C’est ce que raconte Zeinab Badawi.

Histoire africaine biaisée

L’histoire de l’Afrique est souvent réduite à deux épisodes majeurs dans l’enseignement occidental : l’esclavage et la colonisation. Ces périodes, bien que significatives, ne représentent qu’une infime partie de l’histoire du continent. Zeinab Badawi, journaliste et présidente de l’école des études orientales et africaines (SOAS) à Londres, souligne que cette approche occulte la richesse et la diversité des civilisations africaines avant et après ces événements. Selon elle, cette vision réductrice limite la compréhension des dynamiques internes du continent, comme les empires, les innovations technologiques ou les systèmes politiques qui ont façonné l’Afrique bien avant l’arrivée des Européens. Par exemple, des empires comme celui du Mali au XIIIe siècle, connu pour sa prospérité et son centre intellectuel, Timbuktu, sont rarement mentionnés dans les récits historiques dominants.

Nouvelle approche historique

Pour contrer ce prisme occidental, Zeinab Badawi a mené des recherches approfondies en collaboration avec des chercheurs africains. Son ouvrage, Une histoire africaine de l’Afrique (Le Faubourg, 2026), propose une relecture de l’histoire du continent en s’appuyant sur des sources locales et des perspectives endogènes. L’auteure a sillonné l’Afrique pour recueillir des témoignages, des archives et des récits oraux, souvent négligés par les historiens occidentaux. Cette méthode permet de mettre en lumière des aspects méconnus, comme les réseaux commerciaux transsahariens ou les systèmes juridiques précoloniaux. Par exemple, elle évoque les royaumes d’Éthiopie ou du Zimbabwe, dont les histoires sont rarement enseignées en dehors de l’Afrique. L’objectif est de restituer une narration plus équilibrée, où l’Afrique n’est plus seulement perçue comme une victime de l’histoire, mais comme un acteur majeur de son propre destin.

Rôle des chercheurs locaux

Un des piliers de cette nouvelle approche est l’implication directe des chercheurs africains. Zeinab Badawi insiste sur l’importance de donner la parole aux universitaires, historiens et anthropologues du continent, qui possèdent une connaissance intime des réalités locales. Ces experts apportent des éclairages sur des périodes et des thèmes rarement abordés, comme les sociétés matrilinéaires, les systèmes d’éducation traditionnels ou les innovations architecturales. Par exemple, des travaux récents ont révélé l’existence de villes africaines prospères bien avant l’ère coloniale, comme celle de Great Zimbabwe, dont les ruines témoignent d’un niveau de développement avancé. En collaborant avec ces chercheurs, l’auteure cherche à déconstruire les stéréotypes et à montrer que l’Afrique a une histoire complexe, riche et autonome, bien au-delà des récits de domination étrangère.

Ce que ça pourrait changer

Cette réécriture de l’histoire africaine a des implications bien au-delà du domaine académique. Elle vise à corriger les biais cognitifs qui influencent les politiques publiques, les relations internationales et même les perceptions culturelles. Par exemple, les représentations simplistes de l’Afrique comme un continent en crise permanente peuvent justifier des interventions extérieures, qu’elles soient humanitaires ou militaires. En restituant une image plus nuancée, les travaux comme ceux de Zeinab Badawi pourraient contribuer à des partenariats plus équitables entre l’Afrique et le reste du monde. L’auteure souligne également que cette démarche s’inscrit dans un mouvement plus large de *décolonisation des savoirs*, qui vise à rendre aux peuples leur propre récit historique. Ce travail est d’autant plus urgent que, selon elle, les jeunes générations africaines cherchent à se réapproprier leur héritage pour construire un avenir plus affirmé.

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