La mémoire des rêves avec Leonor Fini 1/3 : La mémoire des rêves avec Leonor Fini 1/3 : "Les rêves sont toujours poussés par la crainte"
"Mi-fugue, mi-raisin" consacrait en février 1976 trois séquences à Leonor Fini, qui venait de publier un ouvrage mêlant toiles, dessins et écrits, "Le Livre de Leonor Fini". Dans ce premier volet, elle raconte ses propres rêves, et évoque aussi ceux de ses chats..
En 1976, l’artiste Leonor Fini (1907-1996) participe à une émission de radio intitulée Mi-fugue, mi-raisin sur France Culture. Elle y évoque ses propres rêves ainsi que ceux de ses dix-sept chats, décrivant avec précision les bruits et les expressions de ces animaux pendant leur sommeil. Pour elle, ces observations prouvent que les chats possèdent une vie intérieure riche et complexe, marquée par des sensations et des réactions variées. Leonor Fini ne cherche pas à peindre directement ses rêves, mais reconnaît que ses œuvres puisent dans un cheminement proche de l’univers onirique, où le subconscient joue un rôle central. Elle explique que ses tableaux peuvent parfois réveiller des souvenirs d’enfance enfouis, illustrant ainsi le lien entre art et mémoire inconsciente.
Leonor Fini précise qu’elle ne peint jamais directement ses rêves, contrairement à une idée reçue. Pour elle, la création artistique est un processus où le subconscient se révèle progressivement, bien plus qu’une simple reproduction de scénarios oniriques. Elle illustre cette idée par une anecdote : une amie a reconnu dans l’un de ses tableaux un souvenir d’enfance qu’elle-même avait oublié, montrant ainsi comment l’art peut faire émerger des fragments de mémoire cachée. Le terme onirique, souvent associé à ses œuvres, renvoie à cette dimension mystérieuse et poétique qui traverse son travail, sans pour autant être une copie littérale de ses rêves.
Les chats occupent une place particulière dans la vie et l’œuvre de Leonor Fini, qui en possédait dix-sept. Elle observe attentivement leurs comportements pendant le sommeil, notant leurs bruits, leurs grimaces et leurs mouvements, qu’elle interprète comme des manifestations de leur complexité émotionnelle. Pour elle, ces animaux ne sont pas de simples compagnons, mais des êtres dotés d’une sensibilité profonde, capable de traduire des états intérieurs à travers des expressions presque humaines. Cette fascination pour les chats transparaît dans son art, où ils apparaissent souvent comme des figures symboliques ou mystérieuses, reflétant une partie de sa propre perception du monde.
L’émission *Mi-fugue, mi-raisin* diffusée le 21 février 1976 sur France Culture s’inscrit dans une série intitulée *La mémoire des rêves avec Leonor Fini*. À cette époque, l’artiste vient de publier un ouvrage mêlant toiles, dessins et écrits, *Le Livre de Leonor Fini*, qui explore les frontières entre réalité et imagination. Son travail, marqué par une grande liberté créatrice, continue d’inspirer les amateurs d’art et de psychanalyse. L’archive, conservée par l’INA (Institut National de l’Audiovisuel) et Radio France, témoigne de son approche unique, où la mémoire, le rêve et l’art se mêlent pour offrir une vision à la fois personnelle et universelle de l’inconscient.

