Ce ne sont pas les chefs d’État qui feront les États-Unis d’Europe
En proposant des «États-Unis d’Europe», Gabriel Attal remet le fédéralisme au cœur du débat français. Mais son projet laisse de côté deux attributs essentiels de la puissance: la défense et la diplomatie.
L'article souligne que dans un monde où le droit international perd du terrain face aux rapports de force entre États, les citoyens européens attendent avant tout de l'Union européenne qu'elle les protège. L'Europe n'a pas besoin de devenir un super-État centralisateur, comme le craignent les nationalistes, mais doit se transformer en une puissance capable de défendre ses intérêts et ses valeurs de manière autonome. L'auteur rappelle que même les grandes nations européennes comme la France et l'Allemagne restent des pays de taille modeste face aux géants comme les États-Unis, la Russie ou la Chine. En 2026, le contexte géopolitique impose à l'Europe de renforcer sa cohésion pour ne pas subir les décisions des autres puissances mondiales.
Gabriel Attal, figure politique française, a relancé le débat sur la création des États-Unis d'Europe en proposant une union économique, technologique et écologique plus intégrée. Son projet vise à renforcer la coordination entre certains États européens, notamment en achevant l'union des marchés de capitaux, en investissant massivement dans des secteurs clés comme l'intelligence artificielle, l'énergie ou les biotechnologies, et en utilisant la commande publique européenne pour soutenir l'industrie, y compris de défense. L'objectif est de combler une faiblesse majeure de l'Europe : sa fragmentation, qui limite son efficacité malgré sa richesse collective. Cependant, ce projet reste incomplet, car il exclut les compétences régaliennes comme la défense, la diplomatie ou le commandement des armées, qui restent du ressort des États nationaux.
Le projet de Gabriel Attal présente deux limites majeures. D'abord, il ne couvre pas les compétences régaliennes, comme la défense ou la diplomatie, qui sont essentielles pour faire de l'Europe une puissance unie. Par exemple, si la Russie attaquait un État membre de l'Union européenne, celle-ci devrait pouvoir déployer des forces militaires sous un commandement intégré, ce qui n'est pas possible si chaque pays conserve son veto sur l'engagement de ses troupes. Ensuite, la méthode proposée par Attal repose sur la création d'un noyau dur de six à huit États, qui négocieraient un traité avant de le soumettre à référendum. Cette approche intergouvernementale, dépendante des dirigeants nationaux, risque de reproduire les blocages actuels du Conseil européen, où les décisions sont souvent diluées par des compromis entre intérêts nationaux divergents.
L'article insiste sur la nécessité de construire une armée européenne pour permettre à l'Union de se défendre de manière autonome. Une telle armée ne peut se décréter du jour au lendemain, mais peut être mise en place progressivement. Les étapes incluent des achats communs d'équipements militaires privilégiant l'industrie européenne, la spécialisation de certaines capacités entre États, la création de stocks communs, des académies militaires européennes et, enfin, une chaîne de commandement intégrée. Cette approche permettrait à l'Europe de réagir rapidement en cas de crise, sans dépendre des décisions de Washington, Moscou ou Pékin. Elle soulève également la question d'une décision politique européenne pour l'engagement des forces, avec un contrôle démocratique renforcé.
Pour devenir une puissance, l'Europe doit aussi unifier sa diplomatie. Aujourd'hui, chaque État membre mène sa propre politique étrangère, ce qui affaiblit la capacité de l'Union à défendre ses intérêts. L'exemple de l'accord commercial conclu à Turnberry avec les États-Unis en juillet 2025 illustre cette faiblesse : malgré son poids économique, l'Europe peine à convertir sa puissance commerciale en rapport de force politique. Une diplomatie européenne unie permettrait à l'Union de parler d'une seule voix sur la scène internationale, en évitant que ses membres envoient des signaux contradictoires lors des crises. Cela nécessiterait de dépasser le principe du veto, qui bloque souvent les décisions communes, et de renforcer la légitimité démocratique des institutions européennes.
L'article présente une méthode alternative défendue par le mouvement Volt Europa, qui propose de faire émerger une compétition politique à l'échelle européenne. Contrairement à l'approche traditionnelle, où les partis nationaux négocient des compromis après les élections, Volt Europa vise à créer une offre politique continentale unique avant les scrutins. L'objectif est de construire des majorités transnationales, en amenant les citoyens à choisir entre des projets européens cohérents plutôt qu'entre des intérêts nationaux. Cette méthode ne supprime pas les négociations entre États, mais cherche à les dépasser en créant les conditions politiques d'une fédération européenne. Volt Europa milite également pour des réformes institutionnelles, comme l'abolition du droit de veto, la création de listes transnationales aux élections européennes ou un Parlement européen doté de l'initiative législative.
Pour aboutir à une fédération européenne, des réformes institutionnelles sont indispensables. Les traités actuels permettent déjà d'aller plus loin, par exemple en abolissant le droit de veto au Conseil européen, en créant des listes transnationales pour les élections européennes ou en renforçant la transparence des prises de décision. Cependant, ces mesures n'auront un impact réel que si elles s'inscrivent dans une démocratie européenne plus mature, avec une séparation des pouvoirs claire, un Parlement européen doté de l'initiative législative et un équilibre entre les institutions. L'article souligne que ces réformes doivent être portées par les citoyens, et non par les chefs d'État, pour éviter que les décisions ne restent prisonnières des compromis nationaux. En 2027, le choix entre une Europe fédérale et une Europe intergouvernementale dépendra de la capacité des Européens à s'emparer de ce débat.

