Dans la tête des “speedrunners” du métro
Ces usagers obsessionnels des transports en commun cherchent à faire le tour de toutes les stations de métro d’une ville en un temps record. Ellie Davis, journaliste au “Wall Street Journal” s’est entretenue avec plusieurs “speedrunners” de San Francisco, devenue cœur battant du phénomène..
Les speedrunners du métro sont des usagers obsessionnels des transports en commun qui cherchent à visiter toutes les stations d'un réseau donné en un temps record. Leur objectif est de parcourir l'intégralité des lignes et stations d'une ville, comme New York ou San Francisco, en optimisant chaque trajet. Enzo Wu, 17 ans, est l'un de ces passionnés : il détient, avec un partenaire, le record du réseau Bay Area Rapid Transit (BART) à San Francisco, qui compte 48 stations et 131 km de voies. Pour ces speedrunners, l'exercice relève à la fois de l'exploration urbaine, de la stratégie et de la performance physique. Leur pratique repose sur une préparation minutieuse, incluant l'analyse des horaires, la connaissance des correspondances et une gestion rigoureuse du temps. Certains, comme Joabe Barbosa, étudiant en thèse de psychologie et détenteur du record du métro de Chicago, y voient une façon d'assouvir une soif d'exploration et de dépassement personnel.
Réussir un speedrun de métro exige des compétences spécifiques et une grande résistance physique. Les participants doivent renoncer à toute pause, même pour des besoins naturels, et développer une forme de chronomètre interne pour anticiper les temps de trajet. La chance joue également un rôle crucial : un retard de train ou une perturbation peut compromettre des mois de préparation. Enzo Wu a par exemple utilisé un vélo pour gagner du temps, une pratique qui a suscité des débats au sein de la communauté. Les speedrunners analysent les horaires des trains, les temps de correspondance et les éventuels travaux pour établir un parcours optimal. Leur quête de performance les pousse parfois à tester les limites du système, comme traverser des zones en travaux ou emprunter des itinéraires inhabituels. Le record de San Francisco, détenu par Wu et son partenaire, illustre cette combinaison de stratégie, d'endurance et de gestion du risque.
La communauté des speedrunners est à la fois soudée et divisée. Certains membres, comme Enzo Wu, sont perçus comme des figures controversées en raison de leurs méthodes, jugées parfois trop agressives ou peu orthodoxes. Wu a notamment été critiqué pour avoir utilisé un vélo, une pratique qui a heurté les puristes du genre. Malgré ces tensions, la communauté partage une passion commune pour l'exploration urbaine et la performance. Les records sont souvent validés par des preuves vidéo ou des témoignages, et certains speedrunners deviennent des références dans leur ville ou leur pays. Leur pratique, bien que marginale, attire l'attention des médias et suscite l'intérêt du grand public, comme en témoigne l'article du Wall Street Journal qui leur est consacré.
Les speedrunners du métro puisent leur inspiration dans des univers variés, allant des jeux vidéo aux défis sportifs. Leur nom s'inspire directement des speedrunners de jeux vidéo, ces joueurs qui cherchent à terminer un jeu en un temps record. Pour Joabe Barbosa, étudiant en psychologie, cette pratique répond à un besoin d'exploration et de maîtrise de l'espace urbain. D'autres y voient un moyen de se dépasser, de tester leurs limites ou simplement de découvrir leur ville sous un angle inédit. Certains speedrunners comparent leur activité à une chasse au trésor, où chaque station visitée représente une étape vers la victoire. Leur passion, bien que minoritaire, illustre comment des pratiques ludiques ou sportives peuvent transformer une routine quotidienne en un défi intellectuel et physique.
Le phénomène des *speedrunners* du métro n'est pas limité aux États-Unis. Des communautés similaires existent dans d'autres grandes villes, comme Paris ou Londres, où des passionnés s'affrontent pour réaliser le parcours le plus rapide. À San Francisco, le réseau BART est particulièrement prisé en raison de sa complexité et de la diversité de ses stations. Les *speedrunners* y trouvent un terrain de jeu idéal pour tester leurs compétences. Leur activité, bien que méconnue du grand public, révèle une facette originale de la vie urbaine, où la mobilité devient un terrain de compétition et d'innovation. Leur pratique, souvent solitaire, peut aussi créer des liens entre passionnés, qui échangent conseils et stratégies en ligne ou lors de rencontres informelles.

