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L’Allemand Ecosia lâche Mistral et ose évoquer l’énergie nucléaire française dans ses raisons

Numerama · mis à jour il y a 6 j

Le moteur de recherche berlinois Ecosia, vitrine de la « tech verte et européenne », remplace le champion français Mistral par des modèles chinois. Parmi ses griefs : la qualité, la souveraineté… et l'atome.

Ecosia abandonne Mistral

Le moteur de recherche allemand Ecosia, connu pour financer des projets de reforestation avec ses bénéfices, a annoncé remplacer son fournisseur d'intelligence artificielle Mistral AI par des modèles chinois après seulement cinq mois de collaboration. Selon son fondateur Christian Kroll, les raisons invoquées sont une qualité jugée inférieure, des serveurs souvent saturés et un coût trop élevé. Mistral AI, entreprise française, fournissait des modèles comme Mistral Small 3.2 et Small 4 pour les fonctionnalités de résumé et de chatbot d'Ecosia. Ces modèles, bien que moins puissants que les leaders du secteur, étaient choisis pour leur rapport coût-performance. L'entreprise allemande affirme avoir divisé ses coûts par deux tout en améliorant la qualité avec les nouveaux modèles chinois hébergés par la plateforme allemande Melious (comme Qwen d'Alibaba ou GLM de Z.ai).

Critique du nucléaire français

Ecosia a justifié son choix par deux arguments principaux, dont l'un concerne le nucléaire français. Le fondateur de l'entreprise a critiqué la dépendance de Mistral AI à l'énergie nucléaire, estimant que cela ne correspondait pas à ses objectifs environnementaux. Pourtant, les chiffres montrent une réalité opposée : en 2025, l'électricité produite en France a émis en moyenne 19,6 grammes de CO₂ par kWh, un niveau parmi les plus bas d'Europe. À l'inverse, l'Allemagne, qui a fermé ses derniers réacteurs nucléaires en avril 2023 dans le cadre de son Energiewende (transition énergétique), a produit une électricité émettant 298 grammes de CO₂ par kWh entre juin 2025 et mai 2026, soit 15 fois plus que la France. Ce mix énergétique allemand repose encore largement sur le charbon et le lignite pour compenser l'intermittence des énergies renouvelables.

Souveraineté européenne contestée

Le deuxième argument d'Ecosia pour justifier son changement de fournisseur concerne la souveraineté de Mistral AI. L'entreprise allemande reproche à Mistral de ne pas être suffisamment européenne, car elle a levé des fonds auprès d'investisseurs internationaux comme Samsung ou Nvidia. Pourtant, le premier actionnaire de Mistral depuis 2025 est ASML, une entreprise néerlandaise spécialisée dans les machines de fabrication de puces électroniques, sans équivalent en Europe. Par ailleurs, Ecosia a choisi de se tourner vers des modèles chinois, dont les entreprises (comme Alibaba ou Moonshot AI) sont soumises au droit chinois, ce qui soulève des questions sur la cohérence de cette démarche. Arthur Mensch, cofondateur de Mistral AI, a répondu publiquement sur X (anciennement Twitter) : « Désolé si l'énergie nucléaire est un vrai blocage », soulignant l'absurdité de cette critique.

Ce que ça pourrait changer

Cette décision d'Ecosia illustre un paradoxe européen : une entreprise allemande, symbole de la *tech verte*, abandonne un champion français d'intelligence artificielle au profit de modèles chinois, alors que l'Europe peine à rattraper son retard dans ce domaine. Arthur Mensch, de Mistral AI, a réagi avec philosophie, mais cette situation pose une question plus large : combien de temps l'Europe peut-elle se permettre de lâcher ses champions au premier obstacle ? Mistral AI, malgré des retards possibles de quelques mois, représente une alternative européenne face aux géants américains et chinois. En revanche, Ecosia, en affichant publiquement ses choix, envoie un signal négatif aux investisseurs et aux clients potentiels, risquant de fragiliser davantage la crédibilité des acteurs européens. Le secteur de l'IA générative est dominé par des modèles ouverts, mais les sept premiers au classement *Artificial Analysis* sont chinois, soulignant l'avance de ces pays dans le domaine.

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