Effondrement de mines, contrebande
Les effondrements de mines d’or clandestines se multiplient au Soudan, faisant des dizaines de victimes. Ces drames illustrent le rôle croissant de l’exploitation aurifère, qui alimente un conflit armé destructeur tout en empoisonnant les terres agricoles, l’eau et les communautés humaines..
Depuis avril 2023, le Soudan est en proie à une guerre civile opposant les Forces armées soudanaises (FAS) aux Forces de soutien rapide (FSR), un groupe paramilitaire. Dans ce contexte de conflit, l’exploitation minière artisanale de l’or s’est intensifiée, souvent dans des conditions dangereuses. Entre le 15 et le 19 septembre 2026, deux effondrements de mines artisanales ont causé la mort d’au moins 82 mineurs, selon des sources locales et internationales. Ces drames illustrent les risques liés à l’exploitation non réglementée de puits instables, fragilisés par les pluies récentes. Les chiffres exacts restent incertains en raison de l’absence de données officielles et de la précarité des conditions de travail.
L’or est devenu un enjeu central du conflit soudanais. En 2025, le Soudan a produit un record de 70 tonnes d’or, dont plus de 80 % proviennent de l’exploitation artisanale et illégale, employant plus de 2 millions de personnes. Ce secteur, souvent contrôlé par les FSR, génère des revenus estimés à 1,6 milliard de dollars (1,4 milliard d’euros) en 2024, soit 48,5 % des exportations annuelles du pays. Selon un rapport de l’ONU de juillet 2026, l’or finance directement les deux camps belligérants, alimentant ainsi la durée du conflit. Les FSR, par exemple, contrôlent des mines dans les régions du Darfour et du Kordofan, où des milliers de prospecteurs affluent depuis le début de la guerre.
Les Émirats arabes unis jouent un rôle clé dans l’exportation illégale de l’or soudanais. En 2025, seulement 52 % des exportations d’or ont transité par les circuits officiels, le reste étant acheminé clandestinement vers les Émirats. Une enquête du média soudanais Ayin.com révèle que des sociétés émiraties, comme Emiral Resources Ltd, exploitent des mines au Soudan, notamment dans la zone contrôlée par les FAS. Ces entreprises sont accusées de financer indirectement les FSR, bien que les Émirats démentent toute implication directe. En juillet 2026, l’Union européenne a interdit l’importation d’or soudanais pour limiter les sources de financement de la guerre.
L’exploitation minière artisanale au Soudan utilise des méthodes polluantes, comme le cyanure ou le mercure, pour extraire l’or. Ces produits contaminent les sols, l’eau et l’air, rendant les terres agricoles impropres à la culture. Selon The Guardian, cette pollution a entraîné un effondrement spectaculaire des rendements agricoles, aggravant la crise alimentaire dans un pays déjà en proie à la famine. Les communautés locales, dépendantes de l’agriculture, subissent ainsi les conséquences indirectes de l’exploitation minière, qui détruit leur environnement et leurs moyens de subsistance.
Face à l’impact de l’or sur la guerre et l’économie soudanaises, l’Union européenne a adopté en juillet 2026 une interdiction d’achat et d’importation de l’or soudanais. La Suisse a rejoint cette mesure début septembre 2026, selon *Mining.com*. Ces sanctions visent à priver les belligérants de ressources financières, mais leur efficacité reste limitée en raison du commerce illégal persistant. Les FSR et les FAS continuent de tirer profit de l’or, malgré les restrictions internationales, en utilisant des réseaux de contrebande et des sociétés écrans.

