Effondrement de mines, contrebande, pollution : au Soudan, l’or est devenu meurtrier
L’exploitation aurifère au Soudan, autrefois activité économique majeure, est devenue un enjeu géopolitique et humanitaire explosif. Entre effondrements meurtriers de mines artisanales, trafic illégal alimentant une guerre civile dévastatrice et pollution généralisée des sols et des ressources en eau, l’or incarne désormais la face la plus sombre d’un conflit où ressources naturelles et pouvoir se confondent. Ce phénomène illustre comment l’économie de guerre peut transformer une ressource en arme, tout en aggravant une crise humanitaire déjà profonde.
Comment l’exploitation artisanale de l’or au Soudan est-elle devenue un moteur du conflit armé ?
L’exploitation minière artisanale, qui représente plus de 80 % de la production nationale d’or, est désormais contrôlée par les Forces de soutien rapide (FSR), un groupe paramilitaire en guerre contre l’armée régulière depuis avril 2023. Les revenus tirés de l’or, via l’extraction, le transport et le commerce illégal, financent directement les opérations militaires des FSR, tout en attirant des milliers de prospecteurs dans des zones sous leur contrôle, comme le Kordofan de l’Ouest. Selon l’ONU, l’or est ainsi devenu le principal levier économique du conflit, alimentant sa durée et son intensité.
Quels acteurs internationaux sont impliqués dans le trafic d’or soudanais et pourquoi ?
Les Émirats arabes unis jouent un rôle central dans l’exportation clandestine de l’or soudanais, via des sociétés comme Alliance Mining and Kush for Exploration and Production, détenue par Emiral Resources Ltd basée aux Émirats. Ces réseaux permettent de contourner les sanctions internationales et d’alimenter indirectement les FSR, accusés d’être soutenus par Abu Dhabi. L’or extrait des zones contrôlées par les FSR ou l’armée régulière est massivement exporté vers les Émirats, où il est ensuite réintroduit sur les marchés internationaux, notamment européens.
Pourquoi les effondrements de mines artisanales se multiplient-ils au Soudan ?
Les effondrements de puits miniers artisanaux, comme ceux survenus en septembre 2026 dans le Kordofan de l’Ouest (40 à 67 morts) ou dans le nord-est (11 morts), sont la conséquence directe de l’exploitation anarchique et non réglementée. Les sites, souvent abandonnés ou non sécurisés, sont fragilisés par des pluies intenses et une absence totale de normes de sécurité. Ces drames révèlent l’ampleur de la précarité des mineurs, poussés par la crise économique et la guerre à risquer leur vie dans des conditions extrêmes, sans alternative viable.
Quelles sont les conséquences environnementales et sanitaires de l’exploitation aurifère au Soudan ?
L’utilisation massive de cyanure et de mercure dans les procédés d’extraction artisanale contamine les sols, les nappes phréatiques et l’air, rendant les terres agricoles stériles et impropres à la culture. Les rendements agricoles s’effondrent, aggravant une crise alimentaire déjà critique dans un pays en guerre. Les communautés locales, exposées à ces polluants, subissent des risques sanitaires graves, tandis que les écosystèmes locaux sont durablement dégradés, avec des effets qui pourraient persister des décennies.
Ce que ça pourrait changer
L’interdiction récente de l’importation d’or soudanais par l’Union européenne et la Suisse pourrait fragiliser les revenus des belligérants, mais risque aussi d’accroître les circuits parallèles et la corruption, sans résoudre la crise humanitaire. À plus long terme, la dépendance du Soudan à l’or artisanal, couplée à l’absence de régulation, menace de transformer le pays en zone de non-droit économique et environnemental, avec des répercussions régionales, notamment pour les pays voisins comme le Tchad ou l’Éthiopie, déjà affectés par des dynamiques similaires.

