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Culture

Petite histoire de la Maison de l'Amérique latine : diplomatique, politique et artistique

France Culture - Savoirs · mis à jour 6 oct.

L'institution voulue par de Gaulle et qui fêtera mi-octobre ses 80 ans se mobilise. Propriétaire de ces lieux prestigieux au cœur de Paris, la Banque de France vend.

Origines diplomatiques

La Maison de l'Amérique latine a été fondée en 1945-1946 par la France libre, la résistance intérieure française et des diplomates latino-américains. Ce projet s'inscrivait dans une volonté de renforcer les liens entre la France et l'Amérique latine après la Seconde Guerre mondiale. Le général de Gaulle, alors chef du gouvernement provisoire, y voyait un moyen de rayonner culturellement et politiquement en Amérique latine, en opposition à l'influence des États-Unis. Parmi les fondateurs figuraient des personnalités comme Paul Rivet, résistant et fondateur du Musée de l'homme, qui s'était réfugié en Colombie pendant la guerre, ou encore Jacques Soustelle, résistant et spécialiste du Mexique. La Maison a été inaugurée le 18 octobre 1946 par Georges Bidault, ancien président du Conseil national de la Résistance, alors que de Gaulle avait démissionné du gouvernement provisoire en mars 1946.

Premier modèle exclusif

Durant sa première période (1946 à la fin des années 1970), la Maison de l'Amérique latine fonctionnait comme un club fermé, réservé à une élite composée de diplomates, de responsables politiques et d'entreprises. Pour y accéder, il fallait être parrainé par un membre existant. L'institution organisait des rencontres et des échanges culturels, économiques et diplomatiques avec les 20 pays d'Amérique latine. Cependant, son fonctionnement a été perturbé par des tensions politiques internes, notamment entre gaullistes et giscardiens, ainsi que par l'arrivée de la gauche au pouvoir. En 1981, François Mitterrand, alors président de la République, a décidé de redonner une nouvelle impulsion à la Maison en l'ouvrant au public et en la transformant en un lieu plus accessible.

Refondation des années 1980

En 1983-1984, la Maison a été entièrement repensée sous l'impulsion de François Mitterrand et de François Hollande, alors conseiller à l'Élysée. François Vitrani, missionné pour cette tâche, a été nommé directeur général en 1984. La nouvelle direction a ouvert la Maison au grand public tout en conservant sa vocation latino-américaine. Un lobby informel, composé de personnalités liées à l'Amérique latine, a contribué à son développement. La Maison a rouvert officiellement en janvier 1984 après une brève période de transition en 1983. Elle a alors abandonné son modèle de club privé pour devenir un lieu culturel et diplomatique ouvert à tous.

Modèle économique autonome

Pour assurer sa pérennité, la Maison a adopté un modèle économique basé sur l'exploitation commerciale non lucrative de ses espaces. Elle loue ses locaux pour des événements comme des séminaires d'entreprise ou des mariages, et réinvestit les revenus dans ses activités culturelles et diplomatiques. Ce modèle a permis à la Maison de devenir financièrement indépendante. Aujourd'hui, elle dispose d'un budget de 4 millions d'euros, dont seulement 25 000 euros proviennent d'une subvention du ministère des Affaires étrangères. Les États latino-américains ne financent pas directement la Maison, mais y organisent régulièrement des réunions et des événements, comme des repas mensuels des ambassadeurs ou des réceptions pour les fêtes nationales.

Vocation culturelle et artistique

Depuis les années 1980, la Maison de l'Amérique latine est devenue un lieu central pour les échanges culturels et artistiques entre la France et l'Amérique latine. Elle a accueilli de nombreuses expositions, concerts et rencontres avec des artistes, écrivains et intellectuels renommés. Parmi eux figurent des figures comme le peintre chilien Roberto Matta, qui venait régulièrement discuter avec le directeur, ou les écrivains Octavio Paz, Édouard Glissant et Julio Cortázar. Ce dernier, membre fondateur de la nouvelle Maison, est décédé en 1984. La Maison a également été un lieu de rassemblement pour des résistants célèbres, comme Raymond et Lucie Aubrac ou Jean-Pierre Vernant, renforçant ainsi son lien avec l'histoire de la Résistance française.

Ce que ça pourrait changer

En octobre 2026, la Maison de l'Amérique latine fait face à un risque de vente de ses locaux par la Banque de France, qui détient deux hôtels particuliers du XVIIIe siècle situés dans le 7e arrondissement de Paris, un quartier prestigieux entouré de ministères, d'ambassades et du musée d'Orsay. Le président de la Maison, Jean-Marc Laforêt, a lancé une pétition recueillant plus de 20 000 signatures en quatre jours pour alerter sur l'importance de ce lieu. Il souligne que la vente doit *prendre en considération l'existence* de la Maison, dont les activités pourraient être menacées. La Banque de France prévoit une vente d'ici fin novembre 2026, et des rumeurs évoquent un possible rachat par l'entrepreneur Xavier Niel. La Maison célèbre ses 80 ans le 15 octobre 2026 en partenariat avec la Fondation de Gaulle.

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