Frapper le territoire russe pour faire plier Moscou : le pari incertain de l’Ukraine
En réponse aux bombardements russes, les forces ukrainiennes frappent désormais quotidiennement la Russie. En visant les raffineries de pétrole et les centres logistiques, l’Ukraine entend déstabiliser le pays.
Depuis juin 2026, l'Ukraine a lancé une opération de 40 jours visant à frapper le territoire russe pour déstabiliser Moscou. Cette stratégie consiste à cibler des infrastructures stratégiques comme les raffineries de pétrole et les centres logistiques, dans l'objectif d'affaiblir l'économie et la capacité militaire de la Russie. L'Ukraine utilise principalement des drones pour ces attaques, qui se multiplient depuis plusieurs semaines. Cette approche marque un changement dans la guerre, car jusqu'alors, les combats se concentraient principalement sur le territoire ukrainien. Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a officiellement validé cette opération, soulignant une volonté de faire plier le gouvernement russe en influençant directement son appareil d'État.
Les frappes ukrainiennes sur le sol russe se sont intensifiées, avec 1 134 drones neutralisés par la défense russe en 24 heures, selon le ministère de la Défense russe. Une attaque particulièrement meurtrière a eu lieu dans la nuit du 9 au 10 août 2026 dans la république du Tatarstan, où 13 personnes ont été tuées et 48 blessées. Les autorités russes ont qualifié cet événement d'attentat terroriste et ont ouvert une enquête criminelle. Les sites visés, comme à Nijnekamsk, abritaient des civils sans lien direct avec les opérations militaires, ce qui a suscité des réactions fortes dans la région. Le dirigeant du Tatarstan, Roustam Minnikhanov, a décrété une journée de deuil en mémoire des victimes.
Les autorités russes minimisent l'impact stratégique de ces frappes, mais reconnaissent une pression accrue sur leur territoire. Le ministère de la Défense russe affirme avoir intercepté 456 drones dans la nuit du 10 août 2026, principalement dans la Russie européenne et en Crimée, région annexée par la Russie en 2014. Les médias russes, comme l'agence de presse Interfax ou le quotidien Kommersant, s'interrogent sur l'efficacité réelle de cette stratégie ukrainienne. Certains y voient une tentative désespérée de l'Ukraine pour inverser le cours de la guerre, tandis que d'autres soulignent les risques de radicalisation de la population russe face à ces attaques perçues comme des provocations.
Cette escalade survient dans un contexte où la Russie, malgré les sanctions internationales, maintient une économie résiliente grâce à ses exportations d'énergie et à des partenariats avec des pays comme la Chine ou l'Inde. Les frappes ukrainiennes visent à fragiliser cette stabilité en ciblant des infrastructures critiques, comme les raffineries, essentielles pour le fonctionnement de l'armée et de l'économie russe. Cependant, cette stratégie comporte des risques : elle pourrait renforcer le soutien de la population russe au gouvernement de Vladimir Poutine, en alimentant un sentiment de victimisation et de résistance face à ce qui est perçu comme une agression extérieure.

