Le comité de milieu de vie d’une Résidence Soleil se dit muselé par la direction
L'entreprise affirme pour sa part que le comité outrepasse ses pouvoirs..
Le comité de milieu de vie du Manoir Laval, une résidence pour aînés appartenant aux Résidences Soleil, dénonce une tentative de muselage de la part de la direction. Ce comité, élu en novembre 2025 par les résidents, affirme que la direction cherche à contrôler ses actions, notamment en censurant ses communications. La présidente du comité, Diane Talbot, explique qu’on lui a demandé de modifier un discours avant une assemblée, ce qu’elle a refusé. Le secrétaire, Réjean Gravel, partage cette frustration, estimant que la direction cherche à contrôler les messages des résidents. Ces tensions illustrent un désaccord profond sur le rôle du comité, créé pour représenter les intérêts des résidents.
Le comité de milieu de vie a également distribué un sondage maison aux résidents pour évaluer leur satisfaction concernant le logement, la nourriture, les services médicaux et les loisirs. La direction des Résidences Soleil qualifie cette initiative de sollicitation, une pratique interdite dans les résidences privées pour aînés (RPA). Diane Talbot conteste cette interprétation, affirmant que le sondage vise à améliorer la qualité de vie des résidents. Réjean Gravel ajoute que demander la permission équivaudrait à obtenir un refus, soulignant ainsi l’opposition systématique de la direction à toute initiative indépendante du comité.
Les Résidences Soleil ont réagi en déclarant, dans une communication écrite, que le comité de milieu de vie du Manoir Laval outrepasse ses pouvoirs en formulant des demandes allant au-delà des obligations légales. Selon eux, l’opinion du comité ne reflète pas celle des 1 000 résidents de l’établissement. La vice-présidente Expérience client, Katarina-Darkise Marcil, précise que deux représentants du comité ont récemment demandé des mesures contraires aux règles en vigueur, notamment concernant l’affichage et l’interdiction de sollicitation. L’entreprise affirme n’avoir rien à se reprocher et refuse toute entrevue pour expliquer sa position.
Face à cette situation, le comité de milieu de vie a porté plainte à Santé Québec Laval, une instance gouvernementale chargée de superviser les résidences pour aînés. Le comité demande à cette organisation d’agir comme médiateur pour résoudre le conflit. Selon Réjean Gravel, une centaine de résidents soutiennent cette démarche. Santé Québec Laval a accepté d’examiner la plainte, jugeant que les pratiques décrites pourraient porter atteinte aux droits des usagers. Le processus de médiation est en cours, et l’instance pourrait émettre des recommandations à la direction du Manoir Laval si nécessaire. Ce type de conflit n’est pas isolé, car les comités de milieu de vie sont souvent perçus comme une menace par certaines directions de RPA.
Les comités de milieu de vie ont été instaurés par le gouvernement du Québec en 2022, dans le cadre d’un plan d’action contre la maltraitance des aînés. Depuis 2023, ils doivent être mis en place dans les résidences privées pour aînés (RPA) comptant au moins 100 unités pour les résidents autonomes ou semi-autonomes, et 51 unités pour ceux en perte d’autonomie. Leur mission initiale est de représenter les intérêts des résidents et de veiller à leur bien-être. Selon Raoul Charbonneau, président de l’Association des comités de résidents officielle du Québec (ACROQ), ces comités permettent aux résidents de s’exprimer sans crainte de représailles, par exemple sur la qualité des repas.
Trois ans après leur création, le gouvernement souhaite modifier le rôle des comités de milieu de vie. Un projet de règlement, publié en avril 2024, propose de retirer deux de leurs quatre fonctions actuelles : la diffusion d’informations sur les droits des résidents et la défense de leurs droits collectifs. Ces missions seraient remplacées par l’encouragement à la participation des résidents et la transmission de leurs insatisfactions à la direction. Le Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA) soutient ces changements, estimant qu’ils favorisent un dialogue constructif. En revanche, l’ACROQ s’y oppose fermement, craignant que cela limite la capacité des comités à défendre les droits des résidents.
Le nouveau règlement sur les comités de milieu de vie ne sera pas adopté avant les élections d’octobre 2024. Le gouvernement devra donc trancher après cette date. La ministre de la Santé et des Services sociaux, Sonia Bélanger, a indiqué que des ajustements pourraient être apportés au projet de règlement en fonction des commentaires reçus. L’objectif reste de trouver un équilibre entre les réalités opérationnelles des RPA et la protection des résidents. Parallèlement, le gouvernement envisage également de réduire la durée des formations pour les préposés aux bénéficiaires, une mesure critiquée par plusieurs organisations représentant les aînés.

