Portables au lycée : en Angleterre, l’interdiction fait déjà ses preuves
Comme la France, l’Angleterre a décidé d’interdire à partir d’aujourd’hui le portable dans tous les lycées du pays. Outre-Manche, la mesure n’était pas encore obligatoire mais déjà très répandue : dans 90 % des établissements scolaires, l’utilisation du portable était déjà limitée..
En Angleterre, à partir du 1er septembre 2026, l'utilisation des téléphones portables est désormais interdite dans tous les lycées du pays. Cette mesure s'inscrit dans une tendance déjà bien établie : en 2026, 90 % des établissements scolaires britanniques appliquaient déjà des restrictions sur l'usage des smartphones. Contrairement à la France, où cette interdiction est une nouveauté, l'Angleterre a généralisé une pratique déjà répandue. L'objectif principal est de limiter les distractions en classe et d'améliorer le bien-être des élèves. Les établissements ont mis en place des solutions pratiques, comme des casiers sécurisés à l'entrée, où les élèves peuvent déposer leur téléphone pendant les cours. Cependant, l'usage de ces casiers reste facultatif : dans un lycée londonien de plus de 2 000 élèves, seulement 30 % des élèves choisissent de les utiliser, tandis que les 70 % restants gardent leur téléphone dans leur sac.
Les réactions des lycéens face à cette interdiction sont mitigées mais globalement positives. Paul, 16 ans, reconnaît que son smartphone lui manque, mais il admet que son absence améliore ses interactions sociales et sa concentration en classe. Pour Rocco, 15 ans, la mesure est bénéfique : il estime que le téléphone le distrait et l'empêche d'apprendre efficacement. Geoff Osborne, proviseur d'un lycée à Greenwich, souligne que l'application de cette règle a été plus simple que prévu, grâce à une communication claire auprès des élèves. Les premiers résultats sont encourageants : les problèmes de comportement dans l'établissement ont diminué de 63 % depuis la mise en place de l'interdiction. Ces conflits concernaient principalement des petites querelles ou des disputes dans les couloirs, et non des incidents graves.
Victoria Goodyear, professeure à l'Université de Birmingham, étudie depuis 2022 l'impact des politiques de restriction des téléphones dans les écoles. Ses recherches, menées dans 30 établissements auprès de 1 200 adolescents dans le cadre du programme SMART Schools, révèlent un phénomène de compensation : certains élèves passent davantage de temps sur leur téléphone à la maison pour rattraper le temps perdu à l'école. Cette utilisation accrue peut avoir des conséquences négatives sur d'autres activités essentielles, comme le sommeil ou la pratique sportive, ce qui soulève des questions sur le bien-être des adolescents. Goodyear insiste sur la nécessité d'adopter une approche globale, prenant en compte l'usage du téléphone en dehors de l'école, pour évaluer pleinement l'impact de ces mesures.
L'Angleterre et la France observent avec attention l'expérience menée en Australie, où les réseaux sociaux sont interdits aux moins de 16 ans depuis trois mois. Les premiers résultats montrent une baisse significative de l'utilisation des réseaux sociaux chez les 10-15 ans : la proportion d'enfants disposant d'un compte sur au moins une plateforme est passée de 52,4 % à 42,1 %. Cette comparaison internationale illustre l'intérêt croissant pour les politiques de régulation de l'usage du numérique chez les jeunes. Les deux pays cherchent à évaluer l'efficacité de ces mesures, non seulement en termes de concentration scolaire, mais aussi de santé mentale et de développement des adolescents.

