« Des révélations choquantes » : les victimes du Dr Bashour invitées à se manifester
L'émission Enquête fait réagir la profession médicale et celles qui luttent contre l’exploitation sexuelle..
Le Dr Mounir Bashour, un chirurgien ophtalmologiste de 57 ans basé à Montréal, est au cœur d’une affaire grave révélée par l’émission Enquête de Radio-Canada. Il est accusé d’être actif depuis des années dans le milieu de la prostitution de luxe, notamment en tant que recruteur, dirigeant d’agence et consommateur de services sexuels. Aucune accusation judiciaire n’a encore été déposée contre lui, mais une enquête est en cours, menée par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Le Collège des médecins du Québec, dont il dépend, prend ces allégations très au sérieux et invite les victimes présumées à se manifester pour témoigner. Son employeur, la clinique Lasik MD, l’a immédiatement suspendu en attendant les conclusions de l’enquête.
Plusieurs femmes ont témoigné avoir subi des violences de la part du Dr Bashour, qui est surnommé Docteur vampire par l’une de ses victimes. Ces révélations, jugées choquantes par les ordres professionnels et les organismes de lutte contre l’exploitation sexuelle, ont poussé la Fédération des médecins spécialistes du Québec à soutenir les démarches du Collège des médecins. Le commandant Frédéric Martineau, responsable de l’unité anti-exploitation sexuelle du SPVM, a souligné que l’achat de services sexuels est interdit au Canada et peut s’accompagner d’accusations supplémentaires comme des voies de fait ou des agressions sexuelles. Il espère que la diffusion du reportage encouragera d’autres victimes à dénoncer les faits pour faciliter l’enquête.
Les organismes de lutte contre l’exploitation sexuelle, comme la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle et l’organisme La Sortie, rappellent que cette affaire n’est pas un cas isolé. Ils soulignent que le système d’exploitation sexuelle au Québec concerne des hommes de toutes les classes sociales et que la violence dans ce milieu s’aggrave avec le temps. Lyne Collette, coordonnatrice clinique de La Sortie, note que les victimes sont de plus en plus jeunes, certaines n’ayant que 14 ou 15 ans, et que des garçons sont aussi concernés. Les proxénètes recrutent souvent leurs victimes sur les réseaux sociaux en utilisant des stratégies de manipulation, comme des promesses d’amour ou des cadeaux, avant d’imposer des violences.
Pour lutter contre ce phénomène, Lyne Collette et La Sortie insistent sur la nécessité d’augmenter les ressources allouées à la prévention et à l’accompagnement des victimes. Cela inclut des subventions supplémentaires, des hébergements d’urgence et des programmes de réinsertion scolaire ou professionnelle. Certaines victimes parviennent à reconstruire leur vie, comme en témoignent plusieurs femmes ayant rejoint l’équipe de La Sortie en tant que pair-aidantes. Par ailleurs, le SPVM bénéficiera dès la semaine suivante de 15 nouvelles ressources dédiées à la lutte contre l’exploitation sexuelle, portant l’effectif de cette unité à près de 50 personnes. Ces moyens supplémentaires permettront de mieux soutenir les victimes et de cibler les proxénètes, les clients et les prédateurs en ligne.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de traite et d’exploitation sexuelle au Canada, où des victimes aussi jeunes que 9 ans ont été identifiées. Le sud de l’Ontario est notamment considéré comme un épicentre de ce phénomène. La Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle salue le courage des victimes ayant témoigné dans le reportage et rappelle que la société a un rôle à jouer pour sortir de ce système. Jennie-Laure Sully, coordonnatrice de la Concertation, insiste sur l’importance de considérer la sortie de la prostitution comme un choix collectif, et non uniquement individuel. Les organismes appellent à une prise de conscience et à des actions concrètes pour briser le cycle de l’exploitation.

