Les Houthis veulent «pousser les Saoudiens dans l’impasse»
L’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut, voit ses options d’exportations de plus en plus limitées..
Depuis juillet 2026, l’Arabie saoudite et les Houthis, un groupe rebelle yéménite soutenu par l’Iran, se livrent à de nouveaux combats intenses. Ces affrontements ont déjà causé le déplacement de 125 000 personnes au Yémen depuis le début du mois de septembre, selon les Nations unies. Les Houthis, qui contrôlent une grande partie du Yémen, mènent des attaques régulières contre l’Arabie saoudite, notamment des frappes de drones et des raids sur ses infrastructures. Cette reprise des hostilités met fin à une fragile trêve négociée en 2022, après plusieurs années de guerre entre les deux camps. Les Houthis agissent dans le cadre d’un axe pro-iranien, ce qui signifie qu’ils reçoivent un soutien militaire et financier de l’Iran, un pays rival de l’Arabie saoudite dans la région.
Les Houthis ont adopté une stratégie visant à couper les voies d’exportation du pétrole saoudien pour affaiblir économiquement le royaume. Ils contrôlent désormais le détroit de Bab el-Mandeb, une route maritime stratégique située entre le Yémen et Djibouti, par laquelle transitent les exportations de brut saoudien vers l’Asie. Le 12 septembre 2026, ils ont pris le contrôle du port de Mokha et de l’île de Mayyoun, renforçant leur emprise sur cette zone. Cette situation force l’Arabie saoudite à fermer temporairement son oléoduc Est-Ouest, une infrastructure qui permet d’exporter du pétrole sans passer par le détroit d’Ormuz, verrouillé par l’Iran. L’objectif des Houthis est de pousser l’Arabie saoudite dans une impasse, en limitant ses options d’exportation et en augmentant la pression économique sur le pays.
La crise actuelle a des répercussions majeures sur le marché du pétrole. Le prix du baril de Brent, une référence mondiale, s’échangeait à 106 dollars le 16 septembre 2026, un niveau bien plus élevé qu’avant le début du conflit. Cette hausse des prix s’explique par les tensions géopolitiques et la menace sur les routes d’exportation. L’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, voit ses marges de manœuvre se réduire, car elle doit désormais trouver des alternatives pour exporter son brut. Les pertes potentielles pourraient fragiliser son économie, déjà dépendante des revenus pétroliers. Les pays voisins, comme l’Égypte, craignent également des répercussions, car le trafic maritime dans la région pourrait être perturbé.
Face à cette situation, l’Arabie saoudite tente de mobiliser des alliés pour faire face à la menace houthie. Le prince héritier Mohammed ben Salmane a multiplié les contacts diplomatiques, notamment avec l’Égypte. Les deux pays ont appelé à garantir la liberté et la sécurité de la navigation maritime en mer Rouge, une région cruciale pour le commerce mondial. Cependant, l’Égypte adopte une position prudente et semble réticente à s’engager militairement dans le conflit. Parallèlement, l’Arabie saoudite cherche le soutien des États-Unis, mais le président Donald Trump a refusé d’ordonner des frappes contre les Houthis, malgré la demande saoudienne. Cette position américaine s’explique par des craintes d’escalade et des priorités électorales, avec des élections de mi-mandat aux États-Unis en novembre 2026.
Contre toute attente, les Houthis ont **rouvert un canal de négociations avec les États-Unis**. Une réunion entre des responsables américains et des représentants des rebelles a eu lieu le 14 septembre 2026 à **Mascate**, la capitale d’Oman. Lors de cet entretien, les Houthis ont assuré qu’ils n’attaqueraient ni les navires américains ni les navires israéliens. Cette initiative diplomatique vise à éviter une escalade militaire et à stabiliser la région. Pour les États-Unis, cette approche permet de limiter les risques tout en maintenant un dialogue avec les Houthis. Cependant, cette situation place l’Arabie saoudite dans une position délicate, car elle se retrouve isolée et doit composer avec des acteurs qui dialoguent directement avec ses adversaires.

