Les Houthis veulent «pousser les Saoudiens dans l’impasse»
L’Arabie saoudite se trouve aujourd’hui dans une position de vulnérabilité stratégique inédite, prise en étau entre l’escalade militaire des Houthis, soutenus par l’Iran, et la fermeture progressive de ses voies d’exportation pétrolières. Cette dynamique, couplée à une relance des négociations indirectes entre Washington et les rebelles yéménites, révèle les limites de l’influence saoudienne dans une région où les équilibres régionaux et internationaux se recomposent.
Pourquoi l’Arabie saoudite est-elle aujourd’hui « coincée » selon l’expert Sami Aoun ?
L’Arabie saoudite subit simultanément des frappes houthies sur ses infrastructures, la perte de contrôle sur le détroit de Bab el-Mandeb — verrou stratégique pour ses exportations pétrolières vers l’Asie — et l’absence de soutien militaire immédiat de la part de ses alliés traditionnels, comme les États-Unis. Ces éléments réduisent ses marges de manœuvre et l’exposent à une impasse diplomatique et économique.
Quelles actions concrètes les Houthis ont-ils menées pour renforcer leur pression sur Riyad ?
Les Houthis ont intensifié leurs attaques depuis juillet, notamment en s’emparant du port de Mokha et de l’île de Mayyoun, contrôlant ainsi le détroit de Bab el-Mandeb. Ils ont également fermé temporairement l’oléoduc Est-Ouest, privant l’Arabie saoudite d’une alternative à la route maritime verrouillée par Téhéran. Ces mouvements visent à asphyxier économiquement le royaume en limitant ses exportations de brut.
Quel rôle jouent les États-Unis dans ce conflit, et pourquoi leur position est-elle ambiguë ?
Les États-Unis, sollicités par Riyad pour des frappes contre les Houthis, ont refusé d’intervenir, préférant privilégier des négociations indirectes. Une rencontre a même eu lieu à Mascate entre des responsables américains et des représentants houthis, où ces derniers ont garanti ne pas cibler les navires américains. Cette retenue s’explique par la volonté de Donald Trump d’éviter une escalade régionale à l’approche des élections de mi-mandat, malgré les risques pour ses alliés saoudiens.
Quels sont les enjeux humanitaires et économiques découlant de cette escalade ?
Depuis le début du mois de septembre, au moins 125 000 personnes ont été déplacées au Yémen, aggravant une crise humanitaire déjà dévastatrice. Par ailleurs, les cours du pétrole ont fortement augmenté, le Brent s’échangeant à près de 106 dollars le baril, reflétant les tensions sur les routes d’approvisionnement et les risques de blocage des flux énergétiques mondiaux.
Ce que ça pourrait changer
Cette situation pourrait accentuer les divisions au sein des alliances traditionnelles de l’Arabie saoudite, notamment avec les États-Unis, et pousser Riyad à chercher des soutiens alternatifs, comme en Égypte. À plus long terme, une escalade incontrôlée risquerait de perturber durablement les approvisionnements pétroliers mondiaux et de fragiliser la stabilité d’une région déjà instable, avec des répercussions géopolitiques imprévisibles.

