Respirez, mais la méditation n’est pas sans danger
En 2004, alors qu’elle médite avec assiduité, Willoughby Britton, doctorante en psychologie clinique, aspire à démontrer que la méditation améliore le sommeil. Quand elle constate que ce n’est pas le cas, elle décide de s’intéresser aux effets indérisables de cette pratique.
En 2004, Willoughby Britton, doctorante en psychologie clinique à l’université de l’Arizona, mène une étude pour prouver les bienfaits de la méditation sur le sommeil. Elle recrute des participants répartis en deux groupes : l’un suit des cours de méditation pendant huit semaines, l’autre sert de groupe témoin. À la fin de l’expérience, elle observe avec surprise que le groupe méditant a un sommeil plus agité et des réveils plus fréquents que le groupe non méditant. Cette découverte marque un tournant dans sa perception de la méditation, qu’elle considérait jusqu’alors comme une pratique universelle bénéfique. Britton réalise alors que les recherches sur la pleine conscience (mindfulness) négligent souvent les risques potentiels de cette pratique.
Willoughby Britton publie en 2017 une étude portant sur 60 méditants et 32 professeurs de méditation. Parmi eux, 82 % rapportent au moins un effet indésirable, les plus fréquents étant la peur, l’anxiété, la panique ou la paranoïa. Plus rarement, certains participants ont connu des crises de délire, des hallucinations, des accès de colère ou des tendances suicidaires. Ces effets peuvent durer entre un et trois ans et sont qualifiés de « modérés à graves » par la majorité des personnes concernées. L’étude souligne que ces risques sont souvent ignorés dans les recherches sur la méditation, en partie à cause de biais de financement : de nombreuses études sont financées par des organismes proméditation, ce qui peut influencer les résultats.
Malgré ces risques, de nombreuses études scientifiques confirment les bienfaits de la méditation. Elle peut réduire l’anxiété et la dépression, améliorer la concentration et la mémoire, diminuer les douleurs dorsales, abaisser la tension artérielle et renforcer la conscience de soi. Ces effets positifs sont documentés par des recherches menées dans le monde entier. Cependant, Britton et d’autres experts insistent sur l’importance de méditer de manière sécurisée, en adaptant la pratique à ses besoins et en évitant des séances trop longues (plus de 30 minutes par jour).
Certaines personnes doivent particulièrement faire attention avant de méditer. Richard Davidson, professeur de psychiatrie et de psychologie à l’université du Wisconsin, recommande aux personnes souffrant de troubles psychiatriques graves de ne méditer que sous la supervision d’un professionnel de la santé mentale qui pratique également la méditation. Cette précaution vise à éviter une aggravation des symptômes ou l’apparition d’effets indésirables. Britton souligne que si une séance de méditation provoque un malaise, cela ne signifie pas nécessairement un échec, mais peut indiquer que cette pratique n’est pas adaptée à ce moment précis.
Pour méditer en toute sécurité, Britton et d’autres experts conseillent de commencer par des séances courtes et de progresser progressivement. Il est important d’écouter son corps et de ne pas forcer la pratique. Si des symptômes inquiétants apparaissent, il est recommandé de consulter un professionnel de santé. L’objectif n’est pas de décourager la méditation, mais de promouvoir une pratique responsable et adaptée à chacun. Cette approche permet de tirer profit des bienfaits de la méditation tout en minimisant les risques.

