C’est quoi, un cinéaste français ? – sur L’Inconnue d’Arthur Harari
Dans L'Inconnue, adaptation du roman graphique coscénarisé avec son frère, Arthur Harari met en scène un photographe solitaire qui change de corps après avoir fait l’amour avec une inconnue, incarnée par Léa Seydoux. C'est ainsi que le cinéaste se confronte de manière radicale à la féminité, à l'étrangeté à soi, au doute métaphysique de ses personnages.
Le film L’Inconnue, réalisé par Arthur Harari, est une adaptation cinématographique d’un roman graphique coscénarisé par Arthur Harari et son frère Lucas Harari. Ce roman graphique, intitulé Le Cas David Zimmerman et publié en 2025 aux Éditions Sarbacane, sert de base narrative au film. Le récit suit David Zimmerman, un photographe parisien d’une trentaine d’années, interprété à l’écran par Niels Schneider. L’histoire explore une transformation radicale du personnage après une rencontre intime avec une inconnue, jouée par Léa Seydoux. Le film et la bande dessinée partagent une même structure narrative et des choix esthétiques, notamment l’utilisation de détails visuels pour évoquer l’abstraction et la confusion entre réalité et représentation.
Dans L’Inconnue, le personnage principal, David Zimmerman, subit un changement de corps après une relation avec une femme inconnue. Ce basculement n’est pas expliqué par une cause scientifique ou surnaturelle, mais sert de point de départ à une réflexion sur l’identité et la perception de soi. Le film interroge comment une personne peut conserver son identité quand son apparence physique et son reflet dans le miroir ne correspondent plus à sa conscience intérieure. Cette question métaphysique est au cœur de l’intrigue, où David doit apprendre à vivre avec un corps qui n’est plus le sien, tout en cherchant à comprendre les raisons de cette transformation. Le récit évite les réponses simples et privilégie une exploration des émotions et des dilemmes intimes du personnage.
Le décor du film joue un rôle central dans la narration. L’appartement de David Zimmerman est marqué par une carte géante du Grand Paris, couvrant un mur entier et indiquant des lieux situés en banlieue, hors de Paris intra-muros. Cette carte n’est pas un simple élément de décor, mais un symbole de la quête du personnage : documenter la banlieue parisienne en photographiant des lieux déjà arpentés par son père, décédé par suicide alors que David était enfant. Ce projet photographique devient une obsession qui structure son existence. Le film utilise également l’architecture des pavillons de banlieue, représentés dans leur globalité ou en détails abstraits, pour évoquer la solitude et l’étrangeté du personnage. Ces choix visuels renforcent le thème de la perte d’identité et de la quête de sens.
Arthur Harari, en tant que cinéaste, interroge les codes traditionnels du cinéma français à travers L’Inconnue. Le film remet en question la politique des auteurs, un courant théorique du cinéma français qui met l’accent sur la vision personnelle du réalisateur comme élément central de l’œuvre. Harari explore des motifs typiques du cinéma français, comme le décor parisien, le portrait d’actrice ou le réalisme, mais les détourne pour servir une réflexion plus profonde sur l’identité et la perception. Le film se distingue par son approche radicale de la féminité, à travers le personnage de l’inconnue incarnée par Léa Seydoux, et par son exploration des thèmes métaphysiques, comme le doute et l’étrangeté à soi. Ces choix artistiques placent L’Inconnue dans une tradition cinématographique française tout en la renouvelant.
La photographie occupe une place centrale dans *L’Inconnue*, tant dans le roman graphique que dans le film. David Zimmerman est un photographe qui plonge dans le *grain* de ses clichés, c’est-à-dire dans les détails les plus fins de ses images, jusqu’à perdre la frontière entre la réalité et sa représentation. Cette obsession pour le détail photographique reflète sa quête d’identité et sa difficulté à distinguer le réel de l’illusion. Le film utilise des plans rapprochés et des cadrages abstraits, notamment dans les scènes où David examine ses photographies, pour évoquer cette confusion. Cette approche visuelle renforce le thème central du film : la perte de repères et la recherche de soi dans un monde où les apparences sont trompeuses.

