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Comment X est devenu l’un des théâtres de la guerre en Ukraine

The Conversation France · mis à jour 28 juil.

Dans le cadre de la guerre à haute intensité en Ukraine, le rôle du réseau X (anciennement Twitter) a évolué : il est devenu un terrain privilégié à la fois pour les analystes, les journalistes et les chercheurs, ainsi qu’un espace d’expression pour les diplomates et les responsables politiques. Dès les premières heures du 24 février 2022, alors que Vladimir Poutine venait d’annoncer, dans un discours prononcé à l’aube, le lancement de ce qu’il qualifie d’« opération militaire spéciale », des milliers de publications pullulaient déjà sur Twitter.

X, terrain de guerre

Dès le 24 février 2022, jour de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le réseau social X (anciennement Twitter) est devenu un espace central pour suivre et analyser le conflit. Des milliers de publications en temps réel y ont circulé : réactions diplomatiques, images des combats filmées par des habitants ou des caméras, témoignages, analyses et campagnes de désinformation. X s’est transformé en une source d’informations, un lieu de confrontation des récits, un outil de diplomatie numérique et même une salle de rédaction internationale. Les acteurs impliqués sont variés : gouvernements, ONG, civils, militaires, journalistes et chercheurs. Ce réseau, racheté par Elon Musk en octobre 2022 et renommé X en juillet 2023, a subi des changements internes controversés, notamment sur la modération des contenus.

Twitter, un terrain d’étude

X est devenu un champ d’étude pour les chercheurs en sciences humaines et sociales, qui y analysent les dynamiques politiques, sociales et informationnelles des conflits. La plateforme a été utilisée dès 2009 pour étudier des mouvements comme les Twitter Revolutions lors des contestations en Iran, puis lors du Printemps arabe. En Ukraine, des études ont montré l’évolution de l’usage des langues : une progression de l’ukrainien et un recul du russe parmi les utilisateurs ukrainiens en 2022. Le réseau permet d’observer en temps réel des campagnes de désinformation, comme celle lancée en 2015 avec le hashtag #SaveDonbassPeople, ou des opérations d’influence comme Doppelgänger en 2022, qui diffusait de faux contenus via des copies de médias européens.

Diplomatie en temps réel

Les comptes officiels des ministères des Affaires étrangères de Russie et d’Ukraine ont utilisé X pour réagir immédiatement à l’invasion. Le ministre ukrainien Dmytro Kuleba a publié un tweet annonçant l’invasion russe le 24 février 2022, tandis que le compte du ministère ukrainien évoquait une « nouvelle vague d’agression ». Le président Zelensky a annoncé la rupture des relations diplomatiques avec la Russie. Le compte gouvernemental ukrainien @Ukraine a demandé aux internautes de mentionner @Russia pour sensibiliser à la situation. Ces publications ont créé une archive numérique du conflit, où chaque message, image ou hashtag contribue à façonner la perception internationale. L’expression Netizen Battalion désigne les citoyens actifs sur Internet impliqués dans le suivi de la guerre.

Bataille des images et récits

Les images et vidéos ont joué un rôle clé dans la guerre informationnelle. Par exemple, les photos de la maternité de Marioupol bombardée le 9 mars 2022 ont circulé mondialement, alimentant une controverse : les autorités russes ont accusé l’Ukraine de mise en scène. De même, l’attaque de la gare de Kramatorsk le 8 avril 2022 a donné lieu à des récits opposés, avec des accusations mutuelles. Les OSINTers (enquêteurs en sources ouvertes) ont utilisé des données satellites et des analyses pour vérifier les faits. Les deepfakes, vidéos truquées par intelligence artificielle, ont aussi proliféré pour manipuler l’opinion publique. Ces outils, de plus en plus sophistiqués, exploitent les émotions pour discréditer ou soutenir un camp.

OSINT, l’enquête en sources ouvertes

L’Open Source Intelligence (OSINT) est une méthode d’enquête qui consiste à collecter et analyser des informations publiques (images satellites, vidéos, données cartographiques, témoignages) pour reconstituer des événements. Cette pratique, utilisée depuis la Seconde Guerre mondiale, a pris une nouvelle dimension avec la guerre en Ukraine. Des organisations comme Bellingcat, GeoConfirmed ou Molfar publient leurs analyses sur X et Telegram, tout en collaborant pour vérifier les faits. Par exemple, l’enquête sur le crash du vol MH17 en 2014 a marqué l’essor de l’OSINT. Les méthodes sont transparentes : les corrections et discussions sont publiques, et les preuves peuvent servir dans des enquêtes judiciaires pour crimes de guerre.

Manipulations et bots

Les réseaux sociaux sont aussi des outils de manipulation. Des comptes automatisés (bots) ou des faux comptes (fake followers) sont utilisés pour amplifier des narratifs ou discréditer des adversaires. Une étude a identifié plus de 10 000 bots diffusant des messages pro-guerre au début du conflit. Elon Musk, après le rachat de X en 2022, a modifié les règles et les algorithmes, poussant certains utilisateurs vers d’autres plateformes comme Bluesky ou Telegram. Malgré ces changements, la plupart des analystes ont continué à documenter la guerre, montrant la résilience des outils numériques dans les conflits modernes.

Ce que ça pourrait changer

La diplomatie traditionnelle, autrefois confinée aux chancelleries, s’est ouverte au grand public via les réseaux sociaux. Les comptes officiels des ambassades publient désormais des consignes de sécurité, des analyses ou des réactions en temps réel. Par exemple, l’ambassadeur de France en Ukraine a partagé des consignes pour les ressortissants français le 24 février 2022. Ces comptes ne se contentent plus de communiquer des déclarations officielles : ils deviennent des journaux de bord suivis par des milliers de personnes. Cette évolution reflète une nouvelle ère où la diplomatie s’exerce aussi dans l’espace public numérique.

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