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On les jetait après les vendanges : ces tonnes de marc de raisin pourraient contribuer à décarboner les transports

Science & Vie · mis à jour 31 août

Après les vendanges, il reste des tonnes de peaux, de pépins et de rafles de raisin. Longtemps réduit à un résidu encombrant, ce sous-produit finissait surtout en compost ou en distillation.

Le marc de raisin gaspillé

Chaque année, après les vendanges, des tonnes de marc de raisin sont jetées. Le marc de raisin désigne les résidus solides issus du pressurage des raisins, composés de peaux, de pépins et de rafles (la structure ligneuse qui soutient les grappes). Traditionnellement, ces déchets étaient considérés comme sans valeur et souvent abandonnés dans les vignobles ou incinérés, ce qui posait des problèmes environnementaux. En France, par exemple, environ 800 000 tonnes de marc sont produites annuellement. Ce gaspillage représente non seulement une perte économique pour les viticulteurs, mais aussi une source de pollution inutile, car ces résidus peuvent être valorisés de manière écologique.

Une solution écologique inattendue

Des chercheurs ont découvert que le marc de raisin pourrait être transformé en un biocarburant avancé, appelé bioéthanol de deuxième génération. Contrairement aux biocarburants de première génération (comme l'éthanol issu de cultures alimentaires), ceux de deuxième génération sont produits à partir de déchets agricoles ou forestiers, évitant ainsi la concurrence avec les terres arables. Le processus implique une fermentation des sucres contenus dans les peaux et les pépins, suivie d'une distillation pour obtenir un carburant utilisable dans les moteurs thermiques. Cette solution permettrait de réduire la dépendance aux énergies fossiles et de diminuer les émissions de CO₂ (dioxyde de carbone), un gaz à effet de serre responsable du réchauffement climatique.

Réduction des émissions de CO₂

L'utilisation du marc de raisin comme biocarburant pourrait contribuer à réduire les émissions de CO₂ dans le secteur des transports. Selon les estimations, remplacer une partie des carburants fossiles par ce biocarburant pourrait éviter l'émission de jusqu'à 3 millions de tonnes de CO₂ par an en France. Cela représente une économie significative, car le transport est responsable d'environ 30 % des émissions nationales de gaz à effet de serre. De plus, ce biocarburant est considéré comme neutre en carbone sur son cycle de vie, car le CO₂ libéré lors de sa combustion est compensé par celui absorbé par les vignes lors de leur croissance.

Valorisation économique pour les viticulteurs

La transformation du marc de raisin en biocarburant offre une nouvelle source de revenus pour les viticulteurs. Actuellement, ces derniers doivent souvent payer pour se débarrasser de leurs déchets de vendange, ce qui représente un coût supplémentaire. En vendant leur marc à des entreprises spécialisées dans la production de biocarburants, ils pourraient générer des revenus supplémentaires tout en réduisant leurs dépenses. Par exemple, une tonne de marc pourrait être vendue entre 50 et 100 €, selon sa qualité et son taux de sucre. Cette valorisation économique pourrait aussi dynamiser les régions viticoles en créant des emplois locaux dans la filière des biocarburants.

Ce que ça pourrait changer

Malgré son potentiel, la production de biocarburant à partir de marc de raisin fait face à plusieurs défis. Tout d'abord, le processus de fermentation et de distillation nécessite des infrastructures spécifiques, ce qui implique des investissements importants pour les entreprises. Ensuite, la disponibilité du marc dépend des récoltes, ce qui peut rendre l'approvisionnement irrégulier. Enfin, la rentabilité économique de cette solution reste à prouver, car les coûts de production doivent être compétitifs face aux carburants fossiles. Cependant, des projets pilotes sont déjà en cours en France et en Europe, avec des résultats encourageants. À long terme, cette solution pourrait s'inscrire dans une stratégie plus large de transition énergétique et de circularité économique.

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