Où va le rêve américain ? : Voiture, un modèle qui écrase tout
Les États-Unis font face à une hausse spectaculaire du prix du carburant depuis le début de la guerre en Iran. Au cœur de la campagne des midterms, cette question met en évidence les failles du modèle territorial et du mode de vie étatsunien, structuré autour de l'usage individuel de la voiture..
Depuis le début de la guerre en Iran, les États-Unis subissent une hausse spectaculaire du prix du carburant, avec une augmentation de cinquante pour cent à la pompe. Cette situation a relancé les débats en vue des élections de mi-mandat, mettant en lumière les failles d’un modèle de transport entièrement centré sur l’usage individuel de la voiture. Contrairement à la France, où soixante pour cent des déplacements domicile-travail s’effectuent en voiture, quatre-vingt-cinq pour cent des trajets aux États-Unis reposent sur ce moyen de transport. Cette dépendance expose le pays à des vulnérabilités économiques et géopolitiques, notamment face aux fluctuations des prix de l’énergie.
Le modèle américain de transport s’est construit autour de la voiture à partir des années 1920, avec un soutien massif des politiques fédérales. Le développement des interstates (autoroutes fédérales) et l’essor de l’industrie automobile ont permis une accessibilité accrue des véhicules. Les villes et les territoires se sont réorganisés pour s’adapter à ce mode de vie, avec l’apparition de banlieues pavillonnaires, de centres commerciaux, de drive-in et de motels. Les stations-essence et les parkings sont devenus omniprésents, transformant radicalement l’aménagement du territoire. Ce choix politique a progressivement marginalisé les autres modes de transport, comme le train ou les transports en commun.
La voiture est profondément ancrée dans l’identité américaine, associée à des valeurs comme la liberté, la vitesse et la puissance. Cette symbolique est renforcée par sa présence dans la culture populaire, notamment au cinéma, où elle incarne souvent l’individualisme et l’aventure. Malgré les tentatives de Barack Obama et de Joe Biden pour relancer le transport ferroviaire, le modèle de la voiture individuelle reste dominant. Même l’administration Trump, en privilégiant le tout-thermique, a continué à soutenir cette hégémonie. Cette dépendance culturelle et infrastructurelle rend toute remise en question du système particulièrement complexe.
Face aux limites environnementales et économiques du tout-voiture, certaines villes américaines commencent à explorer des alternatives. Los Angeles a par exemple annoncé son ambition d’organiser les Jeux olympiques de 2028 « sans voitures », tandis que Seattle développe activement ses pistes cyclables. Ces initiatives visent à réduire la pollution, améliorer la qualité de vie et repenser l’aménagement urbain. Cependant, ces projets restent marginaux face à l’ampleur du système en place, qui structure l’ensemble du territoire et des modes de vie.
Aux États-Unis, le marché de la voiture électrique peine à décoller, freiné par des obstacles structurels et politiques. Le retour de Donald Trump, qui défend le tout-thermique, a ralenti les investissements dans les véhicules électriques. Les constructeurs américains misent davantage sur des modèles comme les pick-up géants, inadaptés à une transition écologique. Par ailleurs, la menace d’un accord avec les constructeurs chinois complique la situation. Cette situation place l’industrie automobile américaine à un carrefour, entre innovation et protectionnisme, avec des conséquences majeures pour l’avenir du secteur.
L’article s’appuie sur les analyses de trois experts pour éclairer les enjeux du modèle automobile américain. Charlotte Ruggeri, enseignante-chercheuse en géographie, Matthieu Schorung, géographe et maître de conférences, ainsi que Bruno Jetin, économiste, apportent des éclairages complémentaires sur les dimensions territoriales, économiques et politiques de cette dépendance. Leurs travaux, comme *L’Atlas des villes mondiales* ou *États-Unis, des territoires en transition*, permettent de comprendre les racines historiques et les conséquences actuelles de ce système.

