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Géopolitique

En Eswatini, au cœur de la dernière monarchie absolue d’Afrique

Courrier International · mis à jour il y a 8 j

L’Eswatini, ex-Swaziland, est surtout connu pour son souverain, Mswati III, amateur de jeunes épouses et de voitures luxueuses. Mais derrière ce roi d’opérette, qui apparaît souvent vêtu de tenues traditionnelles, se cache un pays appauvri par un système quasi féodal, dénonce ce journaliste eswatinien dans “Minority Africa”..

Eswatini, monarchie absolue

L’Eswatini, anciennement appelé Swaziland, est un petit pays d’Afrique australe dirigé par une monarchie absolue. Cela signifie que le roi, ici Mswati III, concentre entre ses mains tous les pouvoirs politiques : il n’y a ni séparation des pouvoirs ni élections libres pour désigner les dirigeants. Mswati III règne depuis 40 ans, un record sur le continent africain où la plupart des monarchies ont disparu ou sont devenues symboliques. Ce système politique contraste fortement avec les démocraties voisines, où les citoyens élisent leurs représentants. Le roi incarne à la fois le chef de l’État et le chef du gouvernement, et ses décisions ne sont pas soumises à un contrôle parlementaire ou judiciaire indépendant.

Fête royale coûteuse

En avril 2026, Mswati III a célébré ses 40 ans de règne avec une cérémonie fastueuse organisée à l’Ezulwini Palazzo, un hôtel de luxe inauguré pour l’occasion. Le coût de cet événement n’a pas été rendu public, mais les dépenses incluaient des cadeaux somptueux offerts au roi par des entreprises locales, dont certaines sont publiques. Par exemple, le président taïwanais Lai Ching-te, empêché de se rendre officiellement à la fête en raison des pressions de la Chine, a finalement assisté à la cérémonie en secret, à bord du jet privé du roi, financé par l’argent public. Ces festivités visaient à renforcer l’image du monarque et à montrer sa puissance, mais elles ont aussi suscité des critiques face à la pauvreté persistante dans le pays.

Contraste économique

Malgré les dépenses somptuaires de la monarchie, l’Eswatini affiche quelques avancées économiques. Les relations avec Taïwan ont permis des progrès agricoles notables, et certains secteurs comme le tourisme ou les mines ont connu une croissance. Cependant, ces améliorations restent limitées et inégalement réparties. Le pays reste l’un des plus pauvres au monde, avec un PIB par habitant d’environ 4 000 dollars en 2026, selon les estimations. La majorité de la population vit dans des conditions précaires, tandis que l’élite proche du pouvoir bénéficie de privilèges. Ce contraste illustre les inégalités structurelles d’un système où les richesses ne profitent pas à la majorité.

Système quasi féodal

Le journaliste eswatinien Melusi Simelane, auteur de l’article, décrit le système politique de l’Eswatini comme quasi féodal. Cela signifie que le pouvoir du roi s’appuie sur des relations de dépendance personnelle, similaires à celles qui existaient au Moyen Âge en Europe. Les terres, par exemple, sont souvent contrôlées par le monarque ou ses proches, et les citoyens n’ont pas de droits de propriété garantis. Les entreprises publiques et privées proches du pouvoir bénéficient de contrats avantageux, tandis que la population ordinaire n’a pas accès aux mêmes opportunités. Ce système renforce la loyauté envers le roi, mais au prix d’une grande inégalité sociale et d’un manque de libertés individuelles.

Défis démocratiques

L’Eswatini est le dernier pays d’Afrique subsaharienne à maintenir une monarchie absolue, un statut qui le place en marge des normes démocratiques du continent. Depuis des années, des voix s’élèvent pour réclamer des réformes, notamment la fin des privilèges royaux et l’instauration d’un système plus inclusif. Cependant, toute opposition est réprimée, et les médias indépendants sont rares. Les manifestations pro-démocratie sont souvent interdites ou dispersées par la force. Malgré cela, des mouvements citoyens continuent de militer pour plus de transparence et de justice sociale, mais leurs actions restent limitées par la répression et le manque de soutien international.

Ce que ça pourrait changer

Taïwan joue un rôle économique et diplomatique clé en Eswatini, l’un des rares pays africains à maintenir des relations officielles avec Taipei plutôt qu’avec Pékin. Depuis des décennies, Taïwan finance des projets agricoles et infrastructurels en Eswatini, en échange de son soutien politique à l’ONU et dans d’autres instances internationales. Par exemple, en 2026, Taïwan a contribué à moderniser des infrastructures rurales, améliorant l’accès à l’eau et à l’électricité pour certaines communautés. Cependant, cette relation est fragile : sous la pression de la Chine, qui considère Taïwan comme une province à réintégrer, de nombreux pays africains ont rompu leurs liens avec Taipei. L’Eswatini reste donc un allié précieux pour Taïwan, mais cette alliance pourrait être remise en cause à l’avenir.

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