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Philosophie

Anti-impérialisme ou anti-occidentalisme ?

Contretemps · mis à jour il y a 4 h

Dans cet article, l'historien et militant Jean Batou répond à un article de Marlène Rosato précédemment publié sur notre site. Alors que les guerres se multiplient et qu'explosent les dépenses militaires, dans le cadre d'une montée des rivalités entre impérialismes, il affirme la nécessité d'un anti-impérialisme ayant son centre de gravité dans les peuples opprimés et les classes exploitées.

Définition anti-impérialisme

L’anti-impérialisme désigne une opposition politique et théorique à l’impérialisme, un système où des États puissants dominent économiquement, militairement ou culturellement des nations plus faibles. Dans le marxisme, l’impérialisme est analysé comme une phase avancée du capitalisme, où les grandes puissances étendent leur influence pour contrôler les ressources et les marchés. L’auteur défend ici une vision internationaliste : il soutient que l’anti-impérialisme doit défendre les droits des nations et des peuples opprimés, sans confondre cette lutte avec un rejet aveugle de l’Occident. Par exemple, il cite la France, qui conserve 12 territoires ultramarins (2,3 à 2,6 millions d’habitants) et une zone économique exclusive (ZEE) de plus de 11 millions de km², illustrant sa puissance impériale malgré la perte de colonies comme l’Algérie.

Critique anti-occidentalisme

L’auteur critique l’anti-occidentalisme, une position qui rejette toute forme de domination liée à l’Occident, sans distinction entre les impérialismes. Il estime que cette approche est réductrice, car elle ignore que des puissances non occidentales (comme la Chine, la Russie ou l’Iran) jouent désormais un rôle impérialiste. Par exemple, il souligne que la domination unipolaire des États-Unis recule, tandis que d’autres acteurs comme la Chine ou l’Inde gagnent en influence. Il cite aussi les tensions entre l’Europe et les États-Unis, ou encore la guerre en Ukraine, pour montrer que les conflits inter-impérialistes sont complexes et ne se résument pas à une opposition Occident/non-Occident.

Impérialismes multiples

L’article explique que plusieurs puissances, au-delà des États-Unis, exercent un impérialisme aujourd’hui. La Chine et la Russie sont présentées comme des acteurs majeurs, avec des stratégies distinctes. Par exemple, la Chine développe les Nouvelles routes de la soie pour étendre son influence économique, tandis que la Russie mène une guerre en Ukraine pour consolider son pouvoir. Les dépenses militaires illustrent cette multipolarité : les États-Unis restent en tête, mais l’Europe (incluant l’Ukraine), la Chine et la Russie combinées pourraient peser presque autant. L’auteur note aussi que l’Europe, bien que dépendante des États-Unis sur certains plans (comme le dollar ou la technologie), cherche à affirmer son autonomie, notamment via des dépenses militaires croissantes.

Bourgeoisies européennes

L’auteur discute la thèse de Nicos Poulantzas, qui voyait les bourgeoisies européennes comme un intermédiaire entre les États-Unis et les pays du Sud. Cette idée, reprise récemment par Benjamin Bürbaumer, suggère que les bourgeoisies européennes seraient pro-étatsuniennes. Cependant, l’auteur la conteste, car les investissements européens aux États-Unis (et vice versa) sont aujourd’hui équilibrés, contrairement aux années 1970 où les États-Unis dominaient. Il rappelle aussi que le capitalisme est marqué par une tension entre l’accumulation mondiale du capital et la concurrence entre États, ce qui rend toute subordination simple peu probable.

Limites théories Rosato

L’auteur rejette plusieurs arguments de Marlène Rosato, qui présente l’Union européenne (UE) comme un simple outil des États-Unis. Par exemple, Rosato affirme que l’UE empêche les États d’augmenter les salaires, mais l’auteur souligne que cela n’est vrai ni pour des pays non membres de l’UE (comme la Suisse ou la Norvège), ni pour ceux de l’UE hors zone euro. Il critique aussi l’idée que la France aurait soutenu l’intervention en Irak (2003) pour des contrats de reconstruction, alors que ceux-ci n’ont représenté que 432 000 dollars. Enfin, il relève que Rosato ignore des mouvements sociaux majeurs, comme Mai 68 ou les luttes décoloniales, pour se concentrer sur des décisions étatiques françaises.

Ce que ça pourrait changer

L’article aborde les tensions actuelles entre puissances impérialistes. Par exemple, il mentionne la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, ou encore le réarmement massif des États européens. L’auteur cite Joachim Hirsch, qui prévoyait dès 2005 une escalade des conflits internationaux en cas de crise économique majeure. Il explique aussi que la puissance militaire d’un État dépend non seulement de ses armements, mais aussi de facteurs comme sa démographie (1,4 milliard d’habitants pour la Chine contre 340 millions pour les États-Unis) ou sa capacité à mobiliser sa population. Ces éléments montrent que les rapports de force sont en constante évolution.

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