À Madagascar, concertation sous tension
À l'automne 2025, le mouvement de contestation mené par la jeunesse malgache est parvenu à faire tomber le gouvernement. Un an plus tard, les concertations entre la junte, portée au pouvoir par le mouvement, et la jeunesse se font dans un climat de suspicion réciproque..
En automne 2025, un mouvement de contestation mené par la jeunesse malgache, appelé GenZ, a renversé le gouvernement d’Andry Rajoelina. Ce soulèvement, marqué par des coupures d’eau et d’électricité récurrentes ainsi que par un manque d’opportunités sociales pour les jeunes diplômés, a coûté la vie à 22 personnes sous les balles de la répression. Le mouvement a permis à un corps d’élite de l’armée malgache, le CAPSAT (Centre d’Application et de Soutien du Service des Transmissions), de prendre le pouvoir. Ce coup d’État a instauré un gouvernement de transition dirigé par le colonel Michaël Randriarina, officiellement chargé de préparer des élections avant fin 2027.
Un an après la chute du régime précédent, le gouvernement de transition tente de se légitimer en associant la jeunesse malgache à un processus de concertation nationale visant à réformer les institutions. Cependant, cette collaboration est entachée de tensions. En avril 2026, des arrestations de jeunes militants ont été opérées, ce qui a suscité des accusations de retour à des pratiques autoritaires similaires à celles du régime renversé. La relation entre l’armée et la jeunesse reste donc marquée par une méfiance réciproque, illustrée par des symboles comme la stèle érigée sur les rives du lac Anosy à Antananarivo, représentant une alliance fragile entre les deux forces.
Le gouvernement de transition du colonel Randriarina affiche un bilan mitigé après un an de pouvoir. Bien que l’accès à l’eau, l’une des revendications majeures de la GenZ, ait connu une légère amélioration, les difficultés structurelles persistent. L’État peine à résoudre durablement les problèmes d’infrastructures, ce qui nourrit une frustration persistante au sein de la jeunesse. Malgré ces défis, le gouvernement maintient son engagement à organiser des élections avant la fin de l’année 2027, tout en cherchant à intégrer les jeunes dans les réformes institutionnelles.
La GenZ malgache, moteur de la révolte de 2025, a vu son rôle évoluer depuis la chute du gouvernement. Une partie de ce mouvement s’est institutionnalisée, participant aux concertations nationales, tandis qu’une autre fraction, plus radicale, a été réprimée par les autorités. Les arrestations de ses représentants en avril 2026 ont accentué les divisions au sein de la jeunesse, entre ceux qui privilégient le dialogue avec le pouvoir et ceux qui rejettent toute collaboration. Cette fragmentation complique la construction d’une opposition unie face aux décisions du gouvernement de transition.
L’accès à l’eau potable reste un problème central à Madagascar, malgré les promesses du gouvernement de transition. Les infrastructures défaillantes et les difficultés économiques du pays limitent les progrès concrets. La jeunesse, qui avait placé cette question au cœur de ses revendications, exprime une déception croissante face à l’absence de solutions durables. Ce mécontentement persistant menace la stabilité du dialogue entre la société civile et le pouvoir, alors que les élections de 2027 approchent et que les attentes en matière de changement restent élevées.
La transition politique à Madagascar, prévue pour s’achever fin 2027, repose sur un équilibre fragile entre les promesses démocratiques du gouvernement de transition et les réalités d’un pays confronté à des défis structurels. Le colonel Randriarina a engagé des concertations nationales, mais les tensions avec la jeunesse et les arrestations récentes risquent d’éroder la confiance dans ce processus. La capacité du gouvernement à organiser des élections libres et transparentes, ainsi qu’à répondre aux attentes sociales, sera déterminante pour la crédibilité de cette transition et la stabilité future du pays.

