Meurtre d’une aînée par un mineur : Couronne et défense s’entendent sur la peine maximale
L’adolescent de 14 ans lors des faits a plaidé coupable en avril d’une accusation de meurtre prémédité..
Le 29 mai 2025, à Pickering (Ontario, Canada), une femme âgée de 83 ans, Eleanor Doney, a été poignardée à mort alors qu’elle jardinaient devant sa résidence. L’agresseur est un adolescent de 14 ans dont l’identité est protégée par la loi, car il était mineur au moment des faits. La victime, retraitée et ancienne enseignante de maternelle, était aussi mère, grand-mère et arrière-grand-mère. L’attaque a été qualifiée de non provoquée et perpétrée au hasard, ce qui signifie qu’elle ne découlait d’aucun conflit ou motif personnel entre l’agresseur et la victime. L’adolescent a agi seul, sans complices, et a planifié son acte en apportant un couteau sur les lieux. Après le meurtre, il a été arrêté et incarcéré en détention préventive pendant 13 mois et demi avant son procès.
En avril 2025, le mineur a plaidé coupable à une accusation de meurtre prémédité, un crime grave qui consiste à avoir planifié et exécuté un meurtre de manière intentionnelle. Au Canada, les mineurs (personnes âgées de moins de 18 ans au moment des faits) sont jugés selon la Loi sur le système de justice pénale pour adolescents, une législation spécifique qui vise à réhabiliter plutôt qu’à punir sévèrement. La Couronne (le ministère public, représenté par la procureure Tammy D’Eri) et la défense (représentée par l’avocate Erin Dann) se sont entendues pour recommander une peine maximale de 10 ans de détention dans un centre de détention juvénile, une prison spécialisée pour les mineurs. Cependant, elles divergent sur le crédit à accorder pour le temps déjà passé en détention préventive. La Couronne refuse d’en octroyer, tandis que la défense en demande un d’un an.
La procureure Tammy D’Eri a expliqué que la peine de 10 ans était proportionnelle à la gravité du crime et respectait le degré de responsabilité du mineur. Elle a souligné plusieurs facteurs aggravants : l’absence de lien entre l’agresseur et la victime, la préméditation (le jeune avait apporté un couteau), l’attaque perpétrée dans un lieu où la victime aurait dû se sentir en sécurité (devant sa maison), et l’impact profond sur la famille Doney. Eleanor Doney était notamment l’épouse et le principal soignant de son mari, qui a dû être placé en centre de soins de longue durée après sa mort. La Couronne a également évoqué le risque de récidive, notant que l’adolescent manquait d’introspection (capacité à comprendre ses actes), avait des tendances violentes et une fascination pour les meurtriers en série. Il s’est aussi battu en détention, bien qu’il n’en soit pas l’instigateur.
L’avocate Erin Dann a présenté plusieurs facteurs atténuants pour réduire la peine. Elle a rappelé que son client, aujourd’hui âgé de 15 ans, souffre de troubles mentaux : autisme, troubles d’apprentissage, dépression avec composante psychotique (un trouble grave associant dépression et épisodes de perte de contact avec la réalité). Son âge mental (niveau de développement cognitif et émotionnel) serait inférieur à son âge chronologique, ce qui peut influencer sa compréhension des conséquences de ses actes. La défense a aussi souligné ses remords (il a exprimé des regrets en cour), son immaturité, et ses bonnes perspectives de réinsertion si un suivi psychologique est mis en place. Elle a demandé un crédit d’un an pour le temps déjà passé en détention, ramenant la peine à 5 ans au lieu de 6. Avec une peine de 5 ans, le mineur aurait 20 ans à sa sortie, évitant ainsi un transfert en prison pour adultes.
La juge Lisa Wannamaker, de la *Cour supérieure de l’Ontario*, doit rendre sa sentence le mercredi suivant l’audience. Les parties s’accordent sur une peine de détention dans un centre juvénile, mais le débat porte sur le *crédit* pour la détention préventive et l’équilibre entre *réhabilitation* (aider le mineur à se réinsérer) et *protection de la société*. Une peine pour adultes avait été envisagée initialement, mais la Couronne y a renoncé après avoir pris en compte la santé mentale du mineur, estimant qu’elle ne répondait pas aux exigences légales. Le Canada applique le principe selon lequel les mineurs doivent être jugés en tenant compte de leur âge et de leur développement, tout en garantissant la sécurité publique. La famille de la victime, représentée par des proches, n’a pas souhaité s’exprimer publiquement après l’audience.

