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Économie

Mobilisation du 17 octobre : les colères sont déclarées

Alternatives Économiques · mis à jour il y a 20 j

Entre les appels des organisations lycéennes, ceux des gilets jaunes et des syndicats contre la vie chère, la mobilisation du 17 octobre s’annonce à haut risque pour le gouvernement. De quoi provoquer un effet boule de neige ?.

Mobilisation du 17 octobre

Le samedi 17 octobre 2026, une journée de mobilisation est organisée en France, réunissant plusieurs mouvements de contestation. Les lycéens, en sixième semaine de grève, appellent à des blocages d'établissements, tandis que des manifestations contre la vie chère sont prévues. La CGT soutient officiellement le mouvement des jeunes et les actions liées au pouvoir d'achat, mais d'autres syndicats comme la CFDT ou FO privilégient une mobilisation intersyndicale prévue le 5 novembre pour les salaires et les services publics. Des partis politiques comme La France insoumise et le Parti communiste se joignent également à la protestation. Les réseaux sociaux évoquent un possible retour des gilets jaunes, bien que les revendications restent dispersées. Cette mobilisation s'inscrit dans un contexte de difficultés économiques croissantes pour les ménages, aggravées par la hausse des prix des carburants depuis la guerre au Moyen-Orient.

Dépenses contraintes en hausse

Les dépenses contraintes (loyer, crédit immobilier, factures d'énergie, téléphone, assurance) représentent une part de plus en plus importante du revenu des Français. En 2025, elles atteignaient en moyenne 30,3 % du revenu disponible brut, contre 13,4 % en 1959. Cette augmentation pèse lourdement sur le budget des ménages, réduisant leur pouvoir d'achat arbitrable (la part du revenu restant après ces dépenses obligatoires). Par exemple, une famille engagée dans le mouvement des gilets jaunes avait un pouvoir d'achat arbitrable quasi inexistant une fois ces dépenses payées. Le sociologue Pierre Blavier souligne que cette situation touche particulièrement les ménages modestes, déjà fragilisés par l'inflation et la stagnation des salaires.

Crise de l'Éducation nationale

L'école publique française traverse une crise profonde, marquée par un manque chronique de moyens. Les établissements scolaires souffrent de problèmes structurels : faux plafonds effondrés, toilettes insalubres, classes surchargées, absence de chauffage en hiver ou de climatisation en été. À la rentrée 2026, 69 % des établissements du secondaire manquaient d'au moins un personnel (professeur, AESH, CPE, PsyEn, etc.). Cette situation est particulièrement critique dans des académies comme Créteil, Versailles ou la Seine-Saint-Denis, où la démographie est soutenue mais où les enseignants expérimentés sont moins nombreux. Selon la FCPE 93, un élève perd en moyenne une année de scolarité en raison des non-remplacements de professeurs.

Parcoursup et angoisses étudiantes

Le système Parcoursup, plateforme d'orientation dans le supérieur, cristallise la colère des étudiants. En 2024, près de 30 000 étudiants de licence n'ont pas obtenu de place en master sur 270 000 demandes. Cet outil, qui met les étudiants en concurrence, est perçu comme une machine à décourager les ambitions, transformant un problème politique (le sous-financement de l'enseignement supérieur) en une épreuve individuelle inégalitaire. Les étudiants dénoncent aussi le manque de transparence des algorithmes qui décident de leur orientation. Cette situation s'ajoute à un désinvestissement croissant de l'État : la part de la subvention publique dans les budgets universitaires est passée de 81 % en 2014 à 69 % en 2025, tandis que le financement par étudiant a baissé de 8 % entre 2010 et 2023.

Chômage et précarité des jeunes

Les jeunes de 15 à 24 ans subissent un chômage particulièrement élevé, avec un taux passant de 19,2 % au premier trimestre 2025 à 21,2 % au premier trimestre 2026, selon l'Insee. Cette précarité est aggravée par la montée en puissance de l'intelligence artificielle (IA), qui réduit les opportunités d'emploi pour les juniors. Une étude de HEC et de la Banque de France indique une baisse de 28 % des recrutements en CDI chez les 21-24 ans dans les métiers les plus exposés à l'IA. Les étudiants craignent également une hausse des droits d'inscription à l'université, alors que 40 % d'entre eux travaillent déjà pour financer leurs études. Ces inquiétudes sont renforcées par les crises géopolitiques (guerre en Ukraine et au Moyen-Orient) et environnementales.

Ce que ça pourrait changer

Face à la mobilisation, le gouvernement a adopté une réponse principalement *libérale-répressive*, criminalisant les militants et tolérant les violences policières. Depuis le début des manifestations, près de 8 000 gardes à vue de lycéens (dont une majorité de mineurs) ont été recensées, un chiffre supérieur à celui enregistré pendant tout le mouvement des *gilets jaunes*. Les forces de l'ordre utilisent des armes controversées, comme les grenades assourdissantes, malgré les risques de mutilations (un lycéen de Lens a perdu une main en 2025). La doctrine française du *maintien de l'ordre*, souvent critiquée pour son caractère répressif, est pointée du doigt. Les pouvoirs publics refusent de reconnaître les violences policières, ajoutant à la colère des manifestants. Cette répression agit comme un *carburant* pour certains jeunes, qui estiment que les demandes pacifiques ne suffisent plus.

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