NapseflowNapseflow
Philosophie

Les lycéens face à leurs murs

La Vie des Idées · mis à jour il y a 29 j

Le mouvement lycéen de l'automne 2026 a vu notamment fleurir les revendications liées à l'état du bâti scolaire. Une analyse par les sciences sociales permet de mettre en perspective cette cause et la manière dont elle reflète une demande sociale forte à l'égard de l'État chez les jeunes..

Mobilisation lycéenne 2026

En septembre 2026, un mouvement lycéen d'ampleur émerge en France, avec plus d'un millier d'établissements touchés par la grève. Parmi les revendications principales figure la rénovation du bâti scolaire, notamment dans les établissements des quartiers défavorisés. Ce mouvement s'inscrit dans la continuité des plaintes concernant les conditions de travail des élèves et des enseignants, aggravées par les vagues de canicule du printemps et de l'été 2026. Les lycéens associent cette demande à d'autres revendications comme le remplacement des enseignants et la lutte contre le stress généré par Parcoursup. La sociologue américaine Susan Leigh Star, pionnière des études sur les infrastructures, souligne que les bâtiments deviennent visibles et sources de mobilisation uniquement lorsqu'ils dysfonctionnent, nécessitant des réparations. Ce phénomène reflète une demande sociale forte envers l'État pour améliorer les conditions matérielles d'apprentissage.

Bâti scolaire et inégalités

Les infrastructures scolaires ne sont pas de simples objets techniques : elles renvoient à une question politique centrale, celle du rapport des citoyens aux services publics et de leurs attentes envers l'État. Le bâti scolaire matérialise les inégalités systémiques des univers scolaires en France. Par exemple, des collectifs comme Écoles de Marseille, créé en 2016, militent pour la rénovation des groupes scolaires afin de respecter le principe d'égalité entre les élèves. Ce mouvement a également gagné les collèges et lycées de Seine-Saint-Denis en 2024. Les vidéos de fuites de plafonds vétustes et de délabrement dans certains sites universitaires, comme l'UPEC (Université Paris-Est Créteil), ont mis en lumière la dégradation des conditions de travail des étudiants et enseignants. Ces mobilisations révèlent comment la matérialité des infrastructures contraint l'action des individus, notamment leur réussite scolaire.

Millefeuille administratif

La gestion du bâti scolaire est complexe en raison d'un millefeuille administratif : les bâtiments des collèges relèvent des départements, ceux des lycées des régions, et les écoles des communes, depuis les lois de décentralisation de 1982 et 1983. L'État intervient via des dispositifs comme EduRénov, lancé en 2023, qui soutient la rénovation énergétique des établissements. Cependant, cette répartition des compétences peut renforcer les inégalités entre territoires. Par exemple, certaines régions comme le Nord-Pas-de-Calais ou la Provence-Alpes-Côte d'Azur ont investi dans la rénovation ou la construction de lycées, tandis que d'autres, comme le Limousin ou la Bourgogne, ont considéré cette compétence comme un fardeau. Cette disparité s'explique par des logiques politiques locales et un désengagement budgétaire de l'État depuis les années 2000, rendant la maintenance des établissements moins visible et moins valorisante politiquement.

Héritage des années 1960

Le bâti scolaire actuel est largement hérité des années 1950 et 1960, période de massification scolaire et d'allongement de la scolarité à 14 puis 16 ans. Entre 1965 et 1985, 1060 lycées ont été construits, dont 70 % entre 1965 et 1975, représentant plus de la moitié des 3700 établissements actuels accueillant des lycéens. Ces bâtiments, souvent construits avec des matériaux industrialisés (acier, béton, contreplaqué) et des méthodes préfabriquées, peinent à s'adapter aux transformations sociales et pédagogiques récentes, comme le développement du numérique ou l'interdisciplinarité. Cette dépendance au sentier (path dependency) limite la capacité des politiques publiques à s'ajuster aux nouveaux besoins, notamment face au changement climatique. En 2024, le nombre d'établissements du secondaire reste stable (11 424 contre 11 270 en 2012), malgré un pic démographique visible dans les mobilisations.

Maintenance et bureaucratie

La maintenance des bâtiments scolaires est souvent cloisonnée par services (chauffage, rénovation, etc.) et soumise à des impératifs de réduction des coûts via les marchés publics. Cela conduit à des interventions limitées, comme des coups de peinture ou le changement de portes, plutôt qu'à des travaux de gros œuvre. Cette approche bureaucratique aggrave la dégradation des infrastructures, malgré des enveloppes budgétaires importantes. Par exemple, en Île-de-France, 53 lycées en Seine-Saint-Denis ont bénéficié de rénovations depuis 2017, dont le lycée Paul-Éluard à Saint-Denis, l'un des premiers mobilisés. Cette situation illustre le concept de dérive de l'action publique (policy drift), où une réglementation ou des structures inadaptées ne permettent plus de répondre aux changements sociaux, poussant les usagers à politiser leurs revendications.

Ce que ça pourrait changer

La politisation de la question du bâti scolaire par les lycéens de 2026 s'explique par son association avec d'autres revendications, comme le remplacement des enseignants ou les effets de *Parcoursup*. Cette grille de lecture, reprise par les syndicats lycéens, étudiants et enseignants, impose la rénovation des bâtiments comme un levier possible pour les pouvoirs publics. Cependant, cette politisation n'était pas évidente à l'origine, car la gestion du bâti relève souvent de personnels techniques subalternes et d'échelons territoriaux éloignés des espaces d'apprentissage. Les mobilisations actuelles reflètent une demande sociale forte pour une égalité des conditions d'apprentissage, matérialisée par des infrastructures défaillantes dans les quartiers défavorisés. Les sciences sociales, notamment la sociologie de l'éducation, sont invitées à s'intéresser davantage à ces enjeux pour éclairer les politiques éducatives.

Sujets complémentaires

Ce contenu a été généré par intelligence artificielle à partir de l'article source. Il peut contenir des erreurs ou imprécisions.