Moustiques, tiques et autres vecteurs de maladies : quelles sont les dernières recommandations pour s’en protéger ?
Moustique tigre qui poursuit sa conquête de la France hexagonale, nombre de cas de maladie de Lyme en augmentation, arrivée de la tique invasive Hyalomma sur le littoral méditerranéen… Les raisons de se protéger des arthropodes potentiellement vecteurs de maladies ne manquent pas. Voici les dernières recommandations en la matière, basées sur les connaissances scientifiques les plus récentes.
Les maladies à transmission vectorielle sont des infections propagées par des organismes vivants appelés vecteurs, principalement des arthropodes comme les moustiques et les tiques. On estime que près de 80% de la population mondiale est exposée à ce risque, et ces maladies représentent 17% des maladies infectieuses, causant plus de 700 000 décès par an selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS). En France, leur progression est notable, notamment avec l'augmentation des cas de maladie de Lyme transmise par les tiques ou la circulation accrue de virus comme la dengue, le chikungunya ou le virus du Nil occidental via le moustique tigre (Aedes albopictus). Ces maladies sont influencées par des facteurs climatiques, socio-économiques et les flux internationaux de personnes et de marchandises. Les agents pathogènes responsables peuvent être des bactéries (comme Borrelia pour la maladie de Lyme), des virus (dengue, chikungunya) ou des parasites (paludisme).
La protection personnelle antivectorielle (PPAV) désigne l'ensemble des moyens physiques ou chimiques pour se protéger des piqûres d'arthropodes vecteurs de maladies. Elle repose sur trois niveaux complémentaires : la protection individuelle (vêtements, répulsifs), celle de l'habitat intérieur (moustiquaires, diffuseurs) et celle de l'habitat extérieur (élimination des gîtes larvaires). Cette approche est essentielle car les maladies vectorielles sont en expansion, notamment en France où le moustique tigre s'installe durablement et où la tique Hyalomma gagne du terrain. Le Haut Conseil de la Santé publique (HCSP) a publié en 2025 de nouvelles recommandations pour harmoniser les messages de prévention, en tenant compte des évolutions épidémiologiques et des risques liés aux produits utilisés.
Pour se protéger mécaniquement, il est conseillé de porter des vêtements couvrants, amples et de couleur claire, adaptés aussi bien aux moustiques qu'aux tiques, en zone tempérée comme tropicale. Ces vêtements peuvent être complétés par des répulsifs cutanés, appliqués sur la peau découverte selon les instructions du produit (nombre de pulvérisations, fréquence). En Europe, trois substances actives sont approuvées par l'Agence européenne des produits chimiques (ECHA) et l'Anses en France : le DEET, l'IR3535 et l'icaridine (ou KBR3023). Ces produits ont été évalués pour leur efficacité et leur sécurité. L'huile d'eucalyptus citronné hydratée et cyclisée est en cours d'évaluation, mais certains produits la contenant sont déjà commercialisés sous un régime transitoire. Les huiles essentielles, bien que naturelles, ne sont pas recommandées en raison de risques d'allergie, de photosensibilisation et d'une efficacité limitée à moins d'une heure.
Les produits biocides sont des substances chimiques destinées à détruire, repousser ou rendre inoffensifs les organismes nuisibles comme les moustiques ou les tiques. Ils sont régulés depuis 2012 par une législation européenne. Les pyréthrinoïdes, dérivés synthétiques de molécules naturelles issues du chrysanthème, sont largement utilisés dans ces produits. Cependant, en 2021, un rapport de l'Inserm a alerté sur des risques accrus de troubles du neurodéveloppement pour les enfants exposés in utero ou durant les premières années de vie, ainsi que sur des risques de certains cancers. En 2025, l'Anses a confirmé ces alertes. Par conséquent, l'usage des pyréthrinoïdes n'est plus recommandé pour les femmes enceintes et les jeunes enfants, sauf pour les moustiquaires imprégnées dans les zones tropicales à risque de paludisme. La France se distingue ainsi des autres pays européens sur ce point.
Les vêtements peuvent être traités chimiquement pour renforcer leur protection, mais l'imprégnation à la perméthrine (un pyréthrinoïde) n'est plus recommandée en France en raison des risques sanitaires mentionnés précédemment. Aucun produit à base de pyréthrinoïdes n'a actuellement d'autorisation pour cette utilisation vestimentaire. En revanche, certains répulsifs à base de DEET ou d'IR3535 sont autorisés et recommandés. Les bracelets répulsifs, souvent présentés comme une solution pratique, sont inefficaces contre les moustiques et les tiques. Leur usage est même déconseillé, car ils peuvent provoquer des lésions cutanées chez les enfants et présentent un risque de fuite des substances actives. L'Anses a confirmé ces risques dans un rapport de toxicovigilance.
Les moustiquaires imprégnées de pyréthrinoïdes sont recommandées en zone tropicale pour se protéger des moustiques vecteurs du paludisme, notamment la femelle anophèle, active la nuit. Ces moustiquaires doivent être bien bordées sous le matelas pour éviter que les enfants ne les mettent à la bouche. En France hexagonale et dans les territoires ultra-marins, où le moustique tigre (Aedes albopictus) est diurne, l'utilisation de répulsifs cutanés en journée est privilégiée. Pour protéger l'intérieur des habitations, l'installation de moustiquaires aux ouvertures est fortement recommandée, car elle limite le recours aux produits biocides. En cas d'épidémie, des diffuseurs électriques à base de pyréthrinoïdes peuvent être utilisés, mais avec les mêmes restrictions pour les femmes enceintes et les jeunes enfants. Les ventilateurs et climatiseurs perturbent le vol des insectes et réduisent les contacts avec les humains.
À l'extérieur, les serpentins fumigènes ne sont plus recommandés en France, car ils ne disposent pas d'autorisation de mise sur le marché délivrée par l'Anses. S'ils sont utilisés, ils doivent être placés à l'extérieur, à distance des personnes, car leur combustion libère des particules pouvant aggraver les maladies respiratoires. Les pièges à moustiques ont une efficacité variable et ne sont utiles qu'à l'échelle communautaire (quartier). Ils doivent être placés à l'ombre, près de la végétation et loin des zones d'activité humaine. La mesure la plus efficace reste l'élimination des gîtes larvaires : vider, combler ou rendre étanches les collections d'eau stagnante, car c'est là que les femelles moustiques pondent. Pour le moustique tigre, tout récipient susceptible de collecter l'eau (coupelles, arrosoirs, bâches) doit être traité ou éliminé. Des larvicides biologiques sont désormais autorisés pour le grand public afin de traiter les eaux non réductibles.
Pour se protéger des tiques, qui gagnent du terrain autour des habitations, il est recommandé de limiter la végétation en coupant l'herbe et les broussailles, et de ramasser les feuilles mortes. Ces mesures réduisent les habitats favorables aux tiques. Lors de promenades en forêt ou dans les zones herbeuses, il est conseillé de porter des vêtements couvrants, de couleur claire, pour repérer plus facilement les tiques. Après une sortie, il est important d'inspecter son corps, notamment les zones chaudes et humides (aisselles, plis des genoux, cuir chevelu), car les tiques peuvent transmettre des maladies comme la borréliose de Lyme ou la fièvre hémorragique de Crimée-Congo. L'article mentionne l'installation de barrières autour des habitations, mais ne développe pas cette mesure.

