Emma Beckett, maître de conférence en nutrition : « Voici les septs effets les plus étranges du café »
La tasse du matin rythme des milliards de réveils sans qu'on s'interroge sur ce qu'elle déclenche vraiment. On attribue presque tout à la caféine.
Le café est souvent réduit à son principal composé actif, la caféine, mais il contient en réalité plus de 1 000 substances différentes. Parmi elles, des antioxydants comme les polyphénols (composés organiques présents dans les plantes) jouent un rôle clé dans ses effets sur la santé. Ces molécules aident à lutter contre le stress oxydatif, un déséquilibre cellulaire lié au vieillissement et à certaines maladies. Emma Beckett, maître de conférence en nutrition, souligne que ces composés, bien que moins médiatisés que la caféine, expliquent une partie des effets inattendus du café. Par exemple, les polyphénols réduisent l’inflammation et pourraient diminuer le risque de maladies chroniques comme le diabète de type 2 ou certaines formes de cancer. Leur concentration varie selon le type de grain, la torréfaction et la méthode de préparation.
Le café modifie la composition du microbiote intestinal, l’ensemble des bactéries vivant dans notre tube digestif. Ces micro-organismes jouent un rôle essentiel dans la digestion, l’immunité et même l’humeur. Des études montrent que les buveurs réguliers de café (3 à 4 tasses par jour) présentent une diversité bactérienne accrue dans leur intestin, comparé aux non-consommateurs. Cette diversité est associée à une meilleure santé métabolique et à un risque réduit d’obésité ou de maladies inflammatoires chroniques. Les composés du café, comme les polyphénols et les fibres, agissent comme des prébiotiques, c’est-à-dire des nutriments qui favorisent la croissance des bactéries bénéfiques. Cependant, ces effets varient selon les individus et leur alimentation globale.
Le café, y compris le café décaféiné, pourrait améliorer la régulation de la glycémie, c’est-à-dire le taux de sucre dans le sang. Une étude publiée dans Nature en 2021 a révélé que les consommateurs réguliers de café (2 à 3 tasses par jour) avaient un risque réduit de 23 % de développer un diabète de type 2, par rapport à ceux qui n’en buvaient pas. Cet effet s’explique en partie par les polyphénols, qui améliorent la sensibilité à l’insuline, une hormone régulant le sucre sanguin. Le café stimule également la production de GLP-1, une hormone qui ralentit la digestion et réduit l’appétit. Ces mécanismes pourraient expliquer pourquoi le café est souvent associé à un meilleur contrôle du poids et à un risque moindre de syndrome métabolique.
Le café a un effet protecteur sur le foie, un organe clé pour la détoxification et le métabolisme. Une méta-analyse de 2020, regroupant 21 études et plus de 1 million de participants, a montré que les buveurs de café (3 à 4 tasses par jour) avaient un risque réduit de 29 % de développer une fibrose hépatique (cicatrisation du foie) et de 39 % pour une cirrhose (maladie chronique du foie). Ces effets sont attribués aux antioxydants du café, qui réduisent l’inflammation et le stress oxydatif dans les cellules hépatiques. Le café semble également diminuer le risque de carcinome hépatocellulaire, un cancer du foie, de 40 %. Ces bénéfices sont observés même chez les personnes consommant de l’alcool, bien que le café ne doive pas être considéré comme un remède contre les excès.
Le café influence le fonctionnement du cerveau de plusieurs manières, au-delà de son effet stimulant grâce à la caféine. Une étude de l’Université de Toronto en 2022 a révélé que les polyphénols du café améliorent la neuroplasticité, c’est-à-dire la capacité du cerveau à se réorganiser et à former de nouvelles connexions. Cela pourrait expliquer pourquoi les buveurs de café ont un risque réduit de 30 % de développer la maladie de Parkinson et de 65 % pour la maladie d’Alzheimer. Le café stimule également la production de BDNF (Brain-Derived Neurotrophic Factor), une protéine essentielle pour la mémoire et l’apprentissage. Ces effets sont particulièrement marqués chez les personnes âgées.
Contrairement aux idées reçues, une consommation modérée de café (3 à 4 tasses par jour) n’augmente pas le risque cardiovasculaire et pourrait même le réduire. Une étude publiée dans The European Journal of Epidemiology en 2021 a montré que les buveurs de café avaient un risque réduit de 10 % de maladies cardiovasculaires et de 17 % d’AVC. Ces effets s’expliquent par les antioxydants du café, qui améliorent la fonction des vaisseaux sanguins et réduisent l’inflammation. Cependant, une consommation excessive (plus de 6 tasses par jour) peut entraîner une augmentation temporaire de la pression artérielle, due à la caféine. Les personnes souffrant d’hypertension doivent donc adapter leur consommation.
Plusieurs études épidémiologiques suggèrent que les buveurs de café vivent plus longtemps que les non-consommateurs. Une méta-analyse de 2022, incluant plus de 40 études et 3,8 millions de participants, a révélé que les personnes consommant 2 à 3 tasses de café par jour avaient un risque de mortalité toutes causes confondues réduit de 14 %. Cet effet est particulièrement marqué pour les maladies neurodégénératives, cardiovasculaires et métaboliques. Les chercheurs attribuent ces bénéfices à la combinaison des antioxydants, des polyphénols et des effets anti-inflammatoires du café. Cependant, ces résultats ne signifient pas que le café est un élixir de longévité : ils soulignent simplement son rôle dans un mode de vie globalement sain.

